mardi 16 juillet 2013

TURQUIE: DEPUIS JUIN – Dix-sept officiers de police se seraient suicidés

Depuis le mois de juin, 17 officiers de police se seraient suicidés en Turquie. D'après Emrullah Uslu, ancien conseiller de la Police Nationale turque en matière de terrorisme, trois raisons pourraient expliquer la tourmente des officiers de police : les mauvaises conditions d'exercice de la profession, la pression politique et les possibles effets psychologiques des affrontements qui ébranlent le pays depuis le 31 mai dernier.
Erol Benzer, 37 ans, s'est donné la mort devant le palais de justice de Çeşme, à Izmir, le 5 juillet dernier. Peu avant son décès, il avait souhaité que ses collègues policiers se voient attribuer “leurs droits et des conditions humaines de travail dignes de ce nom”. Ce cas est à ce jour le dernier recensé par les autorités. Depuis le 31 mai, date du début de la fronde anti-gouvernementale qui secoue le pays, le Today's Zaman a compté 17 suicides d'officiers de police.
Photo CC
Ce week-end, le quotidien a attiré l'attention sur l'augmentation du nombre de suicides dans les rangs des forces de l'ordre, en possible corrélation avec leurs conditions de travail. “Pendant 18 jours, les policiers antiémeute ont travaillé sans relâche, nuit et jour, dormant dans la rue. En retour, ils ont obtenu un maigre bonus de 864 livres turques (350 euros, ndlr)”, explique Faruk Sezer, du syndicat de police Emniyet-Sen, non reconnu officiellement, les policiers n'ayant pas droit de constituer un syndiquat. Un officier de police d'Istanbul, H.E., dénonce dans le quotidien l’obsolescence du régime de la police, qui n'aurait pas été modifié depuis les années 30 : “Ce n'est pas de l'argent que nous demandons, ce sont des conditions de travail humaines. La plupart de ces officiers (ceux de la place Taksim, ndlr) n'ont pas été suffisamment nourris pour tenir sur la durée – et ne parlons pas de leur vie privée. J'en connais plusieurs qui ont eu beaucoup de mal à maintenir leur famille réunie du fait de ces conditions éreintantes.”
La police prise entre deux feux
La pression gouvernementale d'un côté, les critiques exacerbées des manifestants de l'autre : les policiers antiémeute sont décrits comme pris entre deux feux. Si le Premier ministre Recep Tayyip Erdoğan a souvent félicité les forces de l'ordre pour les opérations menées jusqu'à présent, Emrullah Uslu reste persuadé que la police est trop “soumise” à l'AKP (Parti de la justice et du développement) au pouvoir et qu'elle “ne peut ainsi jamais se remettre en question”.
La mainmise du gouvernement actuel sur les services de police serait de plus en plus forte. En arrière plan, les compagnes des jeunes officiers se sont organisées sur le réseau social Facebook sous le patronyme Polis eşleri buraya (“Les épouses des policiers sont ici”). Plusieurs fois par jour, elles sont quelques milliers à commenter l'actualité pour opérer une forme de démythification. Exemple avec une légende, apposée à une photographie montrant un jeune officier plongé dans son livre : “Nos hommes ne sont pas des brutes, 70% sont diplômés du premier cycle.”
Un examen d'entrée lacunaire ?
Le président de l'Institut de pensées stratégiques (SDE) Yasin Aktay commente : “Malheureusement, le suicide est parfois inévitable pour certains individus qui ne sont pas faits pour affronter les difficultés que leur devoir impose.” Aktay fait référence en particulier à l'engagement des jeunes dans les forces de police. “Les départements de police devraient procéder à un examen psychologique avant de (les) faire entrer dans une brigade.” Dans le Hürriyet de dimanche, Halkın, 28 ans se dit indécis quant aux raisons qui ont poussé à un usage de gaz lacrymogènes et de canons à eau qu'il qualifie lui même de “disproportionné”. Les événements de la place Taksim ont aussi touché Ali, 45 ans, vétéran de la police. “J'ai toujours été fier de mon métier, aujourd'hui je ne sais plus.”
Mi-juin, le ministère de l'Intérieur avait nié tout lien de cause à effet entre les manifestations et le suicide de six agents de police. D'après le département de la Police nationale, 340 officiers se seraient donné la mort depuis 2000. Emniyet-Sen dit en avoir recensé le double.
Diane Jean (http://leptitjournal.com/istanbul) mardi 16 juillet 2013

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