mardi 18 juin 2013

Müzik: Joan Baez Taksim direnişçilerini selamladı

Amerikalı sanatçı Joan Baez, Türkiye halklarına "Dünya sesinizi duydu ve ben de buradan sizleri selamlıyorum" diye seslendi. Baez, "Bu yürekli ve barışçıl mücadeleyi sürdüren vatandaşlara, avukatlara, doktorlara, gençlere, ailelere, öğrencilere, inançlı insanlara olan desteğimi tüm kalbimle ifade etmek istiyorum" dedi.14 Haziran 2013 Cuma 20:46

Joan Baez Taksim direnişçilerini selamladı
İSTANBUL - Dünyaca ünlü Amerikalı müzisyen, folk şarkıcısı ve aktivist Joan Baez, Virginia'da binlerce kişiye verdiği konser sırasında Türkiye'deki direnişçilere mesaj yolladı.

Gün içerisinde kendine ait facebook hesabından Türkiye'deki halkın direnişine destek vermek istediğini belirten Joan Baez, konseri sırasında eski bir Kızılderili ilahisi olan "Swing Low, Sweet Chariot" adlı folk şarkısını Türkiye'ye ithaf ettiğini söyledi.

Baez, şöyle konuştu: "Sevgili Türkiye halkı,
Kültürünüzdeki çok renkliliği, toprağınızdaki güzelliği, insanınızdaki iç zenginliğini canlı tutmak için verdiğiniz mücadeleye ve bu yürekli ve barışçıl mücadeleyi sürdüren vatandaşlara, avukatlara, doktorlara, gençlere, ailelere, öğrencilere, inançlı insanlara olan desteğimi tüm kalbimle ifade etmek istiyorum. Dünya sesinizi duydu ve ben de buradan sizleri selamlıyorum."

Amerikalı seyircilerden büyük alkış ve destek alan Baez daha sonra şarkısına geçti.
 

IMPÔTS – Projet de loi pour les étrangers vivant en Turquie

Les étrangers vivant en Turquie depuis plus de trois ans devront payer un impôt sur la totalité de leurs revenus si le Parlement accepte le projet présenté jeudi 13 juin par le ministère des Finances, rapporte le Hürriyet Daily News. Selon ce texte, tel que décrit par le quotidien, les entrepreneurs, les spécialistes, les fonctionnaires et les journalistes installés en Turquie depuis plus de trois ans seront considérés comme des contribuables comme les autres. Pour le moment, les étrangers qui résident et exercent leur profession en Turquie payent un impôt sur les revenus perçus en Turquie et non pas sur la totalité de leurs revenus.
Si le Parlement adopte le projet, ces résidents temporaires bénéficieront de ce traitement de faveur uniquement ces trois prochaines années. Après cette période, les étrangers travaillant en Turquie plus de 183 jours ou 12 mois consécutifs seront concernés par cette loi et payeront un impôt sur leurs revenus totaux. Seuls les scientifiques y échapperont, a déclaré un officiel du ministère des Finances au Hürriyet Daily News. Le ministère précise que cette nouvelle mesure fait partie des changements entrepris dans le cadre de l’Organisation de coopération et de développements économiques (OCDE), dont la Turquie est membre. Cette mesure est également un moyen pour le gouvernement d’élargir son assiette fiscale. L’impôt sur le revenu en Turquie constitue 5,8% du Produit intérieur brut contre une moyenne de 11,4% dans les pays membres de l’OCDE, rapporte le Hürriyet Daily News.
Elisa Girard (http://www.lepetitjournal.com/Istanbul) mardi 18 juin 2013

#DURANADAM - L'homme qui manifeste sans bouger

Un homme à la chemise blanche, qui ne bouge pas, ne parle pas, mais proteste en silence sur une place Taksim interdite aux manifestations et cerclée de policiers: cette image étonnante a envahi les réseaux sociaux hier soir. A partir de 20h30 selon plusieurs médias, un jeune homme s'est planté face au Centre culturel Atatürk, imperturbable pendant que la police fouillait ses poches et le sac à ses pieds. Le mot-clé "#duranadam" ("l'homme immobile") a rapidement rejoint la première place des tendances mondiales sur Twitter.
Au fil de la soirée, des dizaines de personnes sont venues l'entourer, mettant la police en alerte. Vers deux heures du matin, les policiers ont éloigné de la place cet homme silencieux et toujours immobile et en a interpellé quelques autres. Plus d'informations: http://www.duranadam.com/
Anne Andlauer (http://lepetitjournal.com/istanbul) mardi 18 juin

APPEL À LA GRÈVE - Quelques milliers de personnes dans la rue

Quelques milliers de personnes ont répondu, hier, à l'appel à la manifestation lancée par les principaux syndicats turcs. Le gouvernement avait sévèrement mis en garde les contestataires contre les rassemblements "illégaux".
La place Taksim avait retrouvé un peu de son calme, hier matin à Istanbul. Aux abords du parc Gezi, épicentre de la contestation, les policiers montaient la garde pendant que les employés municipaux s'employaient à effacer les traces de trois semaines d'occupation.
La veille, de violents affrontements entre policiers et manifestants ont une fois de plus tenu la ville en haleine. Selon un bilan provisoire livré par le barreau d'Istanbul, il y aurait eu 460 arrestations dans la cité stambouliote, et entre 100 et 130 à Ankara.
L'entrée de la place Taksim en fin d'après-midi hier. Les manifestants n'ont pas été autorisés à rejoindre la place.
Rapidement, plusieurs voix se sont élevées pour dénoncer les violences policières, même si on ignore encore le nombre de blessés causés par les affrontements. Tard dans la nuit de dimanche, l'Union des médecins turcs (TBB) – qui a recensé cinq morts et 7.822 blessés dont 59 dans un état grave depuis le début des manifestations – a décidé de saisir de conseil de l'Europe. Son président Thorbjørn Jagland avait déclaré un peu plus tôt : "Si les forces de sécurité doivent intervenir, cette intervention doit être strictement proportionnée et nécessaire" - afin de dénoncer un usage excessif du gaz lacrymogène.
Attaques contre la presse
De son côté, l'Association des journalistes contemporains (CGD) a condamné les attaques subies par les professionnels de la presse. Dimanche soir, une vidéo montrant l'interpellation brutale du journaliste de télévision privée turque IMC , Gökhan Biçici , a fait le tour des réseaux sociaux. "Les journalistes sont devenues des cibles afin d'empêcher les gens de savoir ce qu'il se passe", a déclaré hier la CGD. Des violences également documentées par l'ONG Reporters sans frontières.
Dans une interview donnée hier matin à la chaîne de télévision allemande RTL, Angela Merkel a elle aussi dénoncé l'attitude es forces de l'ordre turques. "Il y a eu des images effrayantes, sur lesquelles on pouvait voir que l'on a réagi de façon beaucoup trop dure, selon moi". La chancelière allemande s'est toutefois montrée évasive quand on lui a demandé si les événements des trois dernières semaines remettaient en cause le processus de l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne.
Grève générale
Cinq syndicats, dont les deux plus importants, la Confédération syndicale des ouvriers révolutionnaires (DISK) et de la Confédération syndicale des salariés du secteur public (KESK), avaient lancé un nouvel appel à la grève, pour la journée d'hier, afin de dénoncer la violence de la répression. Mais contrairement à la mobilisation du 5 juin, qui avait rassemblé des dizaines de milliers de personnes, seuls 2.000 manifestants ont pris part au cortège qui s'est dispersé dans le calme, vers 17h30, aux environs du quartier de Şişli . Le gouvernement avait sévèrement mis en garde les contestataires. "C'est un rassemblement illégal. […] Si vous y prenez part, vous aurez à en subir les conséquences", a indiqué le ministre de l'Intérieur Muammer Güler. "Nous devons faire cesser ces protestations illégales. Il y a la police. Si la police ne suffit pas, nous emploierons la gendarmerie. Si la gendarmerie ne suffit pas, nous appellerons l'armée", a ajouté hier le vice Premier-ministre Bülent Arınç , dans une interview télévisée.
Un peu plus tard dans la journée, Muammer Güler a annoncé en conférence de presse que le gouvernement turc travaillait à l'élaboration d'une nouvelle loi, qui permettra de traduire en justice toute personne publiant sur internet des messages diffamant ou appelant à la révolte.
Dans la soirée, la police a de nouveaux usé de gaz lacrymogènes et de des canons à eau pour disperser des centaines de manifestants qui s'étaient rassemblés sur l'avenue Istiklal - qui donne sur la place Taksim - et dans le quartier de Şişli.
Jonathan Grimmer (http://www.lepetitjournal.com/Istanbul) mardi 18 juin 2013

lundi 17 juin 2013

TROISIÈME AÉROPORT – Après le parc Gezi, plus de 600.000 arbres abattus ?

La construction du troisième aéroport d'Istanbul suscite l'indignation des écologistes. Le projet prévoit entre autres la destruction ou le déplacement de 2,5 millions d'arbres. Le consortium chargé de la construction a quant à lui cherché ces derniers jours à se montrer rassurant.
Les événements de la place Taksim, nés du projet d'urbanisation prévoyant la suppression du parc attenant, semblent avoir fait naître les pires craintes au sein du consortium chargé de construire le troisième aéroport d'Istanbul. "Nous recherchons actuellement un aéroport soucieux de l'environnement et dont nous puissions nous inspirer. Sinon, les écologistes du parc Gezi pourrait venir protester sur le site", a déclaré mardi son porte-parole, Nihat Özdemir, au quotidien Hurriyet.
La construction du troisième aéroport d'Istanbul, qui sera situé sur la rive européenne, à proximité de la mer Noire, a en tout cas toutes les raisons d'alimenter la colère des associations de protection de la nature. Selon le rapport remis au mois d'avril dernier au gouvernement par la Direction de l'évaluation des effets sur l'environnement, la construction de l'aéroport aura de lourds effets sur l'écosystème local. Plus de 600.000 arbres coupés et 1,8 million déplacés, l'assèchement de 70 lacs et étangs, et la disparition de dizaines d'espèces d'oiseaux. En outre, l'énorme trafic autoroutier engendré provoquera la pollution des rivières de Terkos et d'Alibey, qui alimentent les réservoirs d'eau potable de la cité stambouliote. De son côté, Nihat Özdemir a voulu se montrer rassurant, allant jusqu'à affirmer que le consortium "ne voulait pas couper un seul arbre [mais les déplacer]".
Le troisième aéroport d'Istanbul devrait être opérationnel à partir de 2017, après 42 mois de travaux pour lesquels 5.000 personnes seront requises. Il est programmé pour être l'un des plus importants du monde. Les chiffres donnent le tournis : une capacité d'accueil de 150 millions de passagers par an, six pistes de décollage et pas moins de 100.000 personnes pour y travailler quotidiennement. Le consortium d'entreprises du BTP qui a remporté l'appel d'offre émis par le gouvernement devra, en outre, débourser la somme de 22,1 milliards d'euros pour pouvoir en assurer l'exploitation. Une somme jugée "déraisonnable" par Augustin de Romanet, le président d'Aéroports de Paris (ADP). Son groupe s'était lui aussi positionné pour décrocher le contrat de construction et d'exploitation de l'aéroport, mais n'avait pu s'aligner sur l'offre de son concurrent.
Jonathan Grimmer (www.lepetitjournal.com/istanbul) jeudi 13 juin 2013

RÉPONSE À GEZI – Erdoğan s'exprime devant ses partisans

Comme une démonstration de force adressée aux opposants de la place Taksim, le Premier ministre turc a donné ce week-end deux meetings géants, réunissant des centaines de milliers de personnes. Sur place, les partisans étaient conquis.
Des hommes dans la force de l'âge. Des femmes voilées, dans leur grande majorité, et d'autres qui ne le sont pas. Mais aussi quelques jeunes en jean et baskets. Tel était le profil des dizaines de milliers de personnes qui se sont rendus hier, sur la place de Kazlıçeşme à Istanbul, pour assister au meeting du leader de l'AKP, Recep Tayyip Erdoğan.
La veille, un rassemblement similaire avait eu lieu à Ankara. Le Premier ministre avait alors lancé un nouvel ultimatum aux occupants du parc Gezi."Nous avons une réunion publique demain à Istanbul. Je le dis clairement: si Taksim n'est pas évacuée, les forces de sécurité de ce pays sauront comment l'évacuer".
Photo akparti.org
Deux heures plus tard, la police intervenait à grand renfort de gaz lacrymogènes et de canons à eau. Rien de choquant pour les militants rassemblés hier à Istanbul. "Ils étaient obligés. Les gens [dans le parc Gezi] nous bloquent. Quand on vous empêche de passer quelque part, vous appelez la police. Donc c'est normal qu'elle intervienne", s'indigne Fikret, un ingénieur informatique de 27 ans. Plus tempéré, un membre des Jeunes de l'AKP estime pour sa part que"la première intervention était démesurée. Mais les choses ont changé depuis."
Dimanche soir, Erdoğan a déclaré que l'évacuation du parc était "un devoir". "C'était devenu insupportable" a-t-il ajouté.
"Erdoğan est un démocrate !"
Fidèle à la ligne tracée par leur leader, les partisans de l'AKP considèrent que les violences qui secouent la Turquie depuis plus de deux semaines sont à mettre à l'actif des “vandales” du parc du Gezi. "La plupart d'entre eux sont des anarchistes qui veulent la destruction de la République. Et contrairement à ce que racontent les médias internationaux, Erdoğan est un démocrate", lâche Ümit, 24 ans, également ingénieur informatique. "Il faut pas inverser les rôles", embraye Mustafa, étudiant en sciences politiques. "Le gouvernement n'a pas de problèmes avec les protestations tant qu'elles sont faites dans le respect de la démocratie. Mais des manifestants ont lancé des cocktails Molotov sur la police !"
Dans la même logique, la question très débattue de l'islamisation de la société turque est balayée d'un revers de main."L'islamisation est agitée par les gens de la place Taksim pour faire parler d'eux dans les médias internationaux. Mais ce n'est pas ce qui est en train de se passer en Turquie", explique Mustafa Moins mesuré est le jugement Fikret : "Nous sommes musulmans. Nous croyons au Coran, nous croyons au prophète Mahomet. Donc quand tu crois à la religion, c'est normal de la respecter."
“Succès économiques”
Tous ont également tenu à souligner la gestion économique de leur champion. "Il n'y a qu'à voir ce qu 'était le pays il y a 10 ans, et ce qu'il est maintenant", s'enthousiasme l'un d'entre eux. Comme ses militants, le gouvernement ne manque jamais une occasion de s'enorgueillir de sa croissance vigoureuse. "Vous avez un appel d’offres de 65 milliards de dollars pour la construction d’une centrale nucléaire et un aéroport le même jour, [et] une Turquie qui a effacé ses dettes auprès du FMI, dont la note de crédit a augmenté", indiquait il y a encore quelque jour au Hürriyet Daily News Ahmet Davutoğlu, le ministre des Affaires étrangères. Cependant, ce ciel radieux est quelque peu terni depuis le début du mouvement de contestation. En deux semaines, le cours de la Bourse turque a chuté d'environ 10%. Samedi soir à Ankara, Erdogan s'en est une nouvelle fois pris aux spéculateurs étrangers, accusés de profiter de la situation pour mettre à mal l'économie du pays, qui est par ailleurs passée d'un taux de croissance de 8,5% en 2011, à 2,2% en 2012.
Mais cela n'ébranle en rien la confiance de ses supporters. "Je sais qu'il va encourager le développement économique" confie Özgün, un étudiant en informatique.Sourire aux lèvres, il ajoute : "Je veux qu' Erdoğan continue à faire du Erdoğan."
Jonathan Grimmer (http://www.lepetitjournal.com/Istanbul) lundi 17 juin 2013

#OCCUPYGEZI – Des négociations aux violences, trois jours en crescendo

Recep Tayyip Erdogan n'avait cessé d'insister ces derniers jours pour que les manifestations qui secouent la Turquie depuis le 31 mai se terminent ce week-end. Renouvelant les avertissements jusqu'à samedi, le Premier ministre turc a ordonné aux forces de l'ordre de déloger les nouveaux locataires qui s'y étaient installés.
Vendredi 14 juin
Les négociations se poursuivent. Dans la nuit de jeudi à vendredi, Recep Tayyip Erdoğan s’est entretenu une nouvelle fois avec 16 personnalités, dont plusieurs acteurs et intellectuels, et des membres de la plateforme “Solidarité Taksim”, principale coordination des associations qui occupent le parc. Lors d'un discours prononcé à Ankara le jour même, le Premier ministre promet de suspendre le projet d'aménagement du parc le temps que la justice tranche définitivement. Il exhorte ensuite les centaines d'occupants à quitter le parc en espérant que “tout sera fini d'ici ce soir.” Dans l'après-midi, la vidéo de l'eurodéputé Paul Murphy condamnant les réactions violentes et successives de Recep Tayyip Erdoğan fait le tour des réseaux sociaux. La BBC décide de suspendre son partenariat avec la chaîne nationale turque NTV pour sa couverture médiatique partiale des événements et pour n'avoir pas diffusé un reportage de ses journalistes. Les protestataires se consultent pour décider de la marche à suivre : accepter ou refuser les gestes de conciliation du gouvernement. Les occupants du parc restent sur leur garde. “Il va encore tricher. Nous n'avons plus confiance du tout”, raconte l'un d'entre eux. Les manifestants cohabitent avec la police à Taksim depuis trois jours. L'atmosphère de la place traduit un fragile apaisement mais la tension reste palpable. Davide Martello, pianiste allemand de 31 ans, s'est installé près du Monument de la République. “Je joue pour les manifestants et la police.” Le musicien bercera la ville tantôt sur des chansons des Beatles tantôt sur des airs d'opéra jusqu'au petit matin.
Samedi 15 juin
La plateforme Taksim solidarité annonce samedi matin qu'elle ne quittera pas les lieux. A Ankara, des milliers de personnes rejoignent le meeting du Premier ministre dans une lointaine banlieue de la capitale. Recep Tayyip Erdoğan durcit à nouveau sa rhétorique. “Je le dis clairement si Taksim n'est pas évacuée, les forces de sécurité de ce pays sauront comment l'évacuer.” Après avoir qualifié une nouvelle fois les manifestants de “voyous” et “d'extrémistes”, il salue ses partisans qui donnent “la vraie image de la Turquie”.
Avenue Istiklal samedi soir (photo DJ)
A 20h50, les policiers évacuent la foule du parc en quelques minutes à coup de gaz lacrymogènes, de canons à eau et de balles en plastique. Les autorités arrachent les pancartes, déchirent les tentes. L'accès au parc est également refusé aux journalistes. Egemen Bağış, ministre chargé des Affaires européennes, annonce simultanément à la télévision que “ceux qui resteront sur la place seront considérés à partir de maintenant comme membre d'une organisation terroriste”.
Ces propos et la violence des interventions policières déclenchent à nouveau la mobilisation de milliers de contestataires. “C'est le point de non retour”, affirme l'un d'eux. A minuit, la tension est à son comble près de l'hotel Divan. Claudia Roth, députée européenne favorable à l'adhésion de la Turquie à l'Union Européenne, est sur place. Les TOMA (véhicules de la police transportant les canons à eau, ndlr) bloquent les quatre artères menant à la place. Une jeune femme rapporte : “Si un jour la Turquie a été une démocratie, on est certain qu'aujourd'hui, elle ne l'est plus !” En scandant des marches d'Atatürk et en appelant le Premier ministre à démissionner, les contestataires tentent de rejoindre Taksim, le berceau du mouvement, toute la nuit sans succès. Izmir et Ankara manifestent leur solidarité, sans incident.
Dimanche 16 juin
A l'aube, d'importants effectifs de police interdisent l'accès à la place Taksim. Les bulldozers procèdent au nettoyage de la place et effacent les dernières traces des violences de la nuit. Vers 10 heures, les heurts reprennent de plus belle dans les quartiers environnants – Şişli, Harbiye et Cihangir étant les plus touchés. Pour la première fois à Istanbul, des unités de gendarmerie, force militaire dépendant en temps de paix du ministère de l'Intérieur, sont déployées sur l'un des deux ponts du Bosphore pour enrayer la marche des protestataires venant de la rive asiatique. Le bilan de la nuit fait débat. L'Union des médecins turcs parle de centaines de blessés, le gouverneur d'Istanbul annonce en annonce 44, et trois policiers blessés par balle. Dans la matinée, la police procède à de nombreuses arrestations. Les forces de l'ordre se rendent également au domicile des membres fondateurs du club de supporters de l'équipe de football de Beşiktaş, pour les arrêter. Les violences reprennent dans la capitale, à l'occasion des funérailles du troisième manifestant mort depuis le 31 mai.
A 18h, le Premier ministre tient comme prévu son second meeting du week-end à quelques kilomètres des manifestations. II opposant les partisans de l'AKP et les “voyous” de Taksim. Désormais, cinq syndicats appellent à la grève général dès ce lundi matin: à KESK, s'ajoutent la TTB (l'union des médecins turcs), DISK, TDHB (l'union des dentistes turcs) et la TMMOB (l'union des chambres des architectes et urbanistes turcs). Les affrontements se poursuivent jusque tard dans la nuit.



Diane Jean (http://lepetitjournal.com/istanbul) lundi 17 juin