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vendredi 21 juin 2013

#OCCUPYGEZI – Les artistes du monde s'engagent

Depuis 15 jours, les artistes turcs et étrangers manifestent leur soutien au mouvement de contestation. Après les performances de la chanteuse de pop turque Nazan Öncel, du pianiste allemand Davide Martello ou de l'artiste folk américaine Joan Baez, Vedat Zar et Derya Yüksek ont décidé de coordonner les engagements des artistes, dans le monde si possible.
Le mouvement débutera ce samedi et sera renouvelé chaque semaine “tant que les manifestations auront lieu”, affirme Derya Yüksek, coordinatrice de festivals à Istanbul. Le concept intitulé “World artists march for Gezi park” (littéralement, marche mondiale des artistes pour le parc de Taksim, ndlr) est simple : les artistes qui répondent à l'appel s'expriment d'où ils sont pour dénoncer ce qu'ils considèrent comme étant des exactions du gouvernement. Le projet est en route depuis deux semaines. Lundi dernier, une page a été créée sur le site “100 thousand poets for change”.
Le courant engagé “100 thousand poets for change” réunit les poètes et artistes du monde entier dans le but de promouvoir de meilleures conditions sociales, politiques et environnementales. Il a été inauguré en 2011 par Michael Rothenberg. Ce poète et éditeur américain a déjà coordonné plusieurs actions comme celles-ci, notamment à l'occasion du mouvement Occupy Wall Street. Quand Vedat Zar a contacté Michael Rothenberg, le poète lui a répondu : “Je vais vous filer un coup de main, c'est une excellente idée ! Des artistes du monde entier veulent vous aider!”
L'art de la révolte
Vedat Zar, 26 ans, a une passion pour le mime. Pendant six ans, il avait pour habitude de s'illustrer dans l'avenue Istiklâl. Mais depuis 2010, “le gouvernement n'autorise plus les performances artistiques dans la rue, maintenant il faut une autorisation. Alors pour gagner ma vie, je suis devenu ingénieur.” Avec Derya Yüksek, ils avaient déjà initié un mouvement créatif de résistance l'année dernière à Bitlis, Batman, Izmir et Istanbul. Après avoir lancé une pétition signée par le réalisateur germano-turc Fatih Akın aux premiers jours des manifestations, Vedat et Derya ont décidé de renouveler l'expérience. Plusieurs centaines d'artistes américains, européens et turcs auraient déjà répondu à l'appel. Parmi eux, le groupe de musique FLÖRT, très apprécié de la jeunesse turque.
S'il est encore trop tôt pour décrire l'ampleur que prendra l'initiative de ces deux jeunes Turcs, le milieu artistique a fait preuve jusqu'ici d'un engagement déterminé. Il ont souvent reproché à l'Etat le manque de structures pour héberger leurs performances. Faisant allusion à la faible couverture des événements par les médias turcs, Vedat et Derya sont convaincus que les performances artistiques peuvent devenir un relais alternatif “pour que les gens aient véritablement à l'esprit ce qui est en train de se passer dans notre pays”. En attendant il est possible de consulter, le site www.capulcular.bandcamp.com où une centaine de chansons ont été répertoriées suite aux affrontements du 31 mai dernier.
Diane Jean (http://lepetitjournal.com/istanbul) vendredi 21 juin 2013

jeudi 20 juin 2013

#OCCUPYGEZI – Quelles conséquences sur l'économie turque

Depuis une semaine, le Premier ministre Recep Tayyip Erdoğan accuse régulièrement les banques internationales d'être à l'origine du mouvement de contestation qui secoue son pays depuis le 31 mai. Plus que le bilan matériel, ce sont les discours du Premier ministre qui risquent de mettre à mal l'économie de son pays, laquelle repose en grande partie sur l'apport des investissements étrangers.
En début de semaine dernière, le Premier ministre turc a dénoncé le lobby de “ceux qui spéculent sur des taux élevés”, les accusant de vouloir déstabiliser les marchés de capitaux. Il a ajouté devant ses partisans réunis à Ankara : “Si vous [le lobby du taux d'intérêt,ndlr] êtes pris en train de spéculer, nous vous étoufferons. Peu importe qui vous êtes, nous vous étoufferons”.

Photo TQ
Selon Timothy Ash, responsable des marchés émergents chez Standard Bank, l'emportement de Recep Tayyip Erdoğan à l'encontre des spéculateurs traduit un changement d'attitude du gouvernement envers les investisseurs étrangers. “Cela marque une volte-face pour un gouvernement qui est toujours apparu comme soucieux de valoriser l'investissement étranger et qui a toujours été très sensible aux marchés”.
“L'effet domino” des propos du Premier ministre
Entre le début des violences le 31 mai et le 10 juin, la Bourse d'Istanbul a enregistré une baisse de 19%. Cette “volte-face” du Premier ministre pourrait bien être en train de faner la confiance que les investisseurs étrangers accordent à la Turquie. Le vice-Premier ministre chargé de l'économie, Ali Babacan, a annoncé en début de semaine que l'équivalent d'un milliard d'euros de capitaux étaient sortis du marché boursier turc depuis le 26 mai. La banque centrale turque a confirmé ce mardi que les flux de capitaux vers la Turquie avaient ralenti en raison des incertitudes globales. Mercredi, elle a interrompu la baisse des taux d'intérêts pour soutenir la monnaie nationale. Cette mesure est contraire à la politique du gouvernement, qui milite pour les taux d'intérêts nuls.
Après avoir suggéré le boycott des banques privées, le Premier ministre s'en est pris au secteur industriel depuis que Cem Boyner, l'un des plus grands patrons du pays, a affiché son soutien aux manifestants. Les accusations répétées du Premier ministre combinées à la prolongation des heurts semblent avoir déclenché un effet domino néfaste pour l'économie du pays, jusque là applaudie pour ses succès.
Le secteur du tourisme particulièrement touché
D'après le ministère de l'Intérieur, le bilan matériel au 19 juin s'élevait à 140 millions de livres turques. La pérennisation de conditions politiques instables engendre logiquement une situation économique et financière fragile. L’agence Moody’s avertissait déjà le 10 juin que la contestation pourrait mettre en danger la note de crédit du pays. Même si le mouvement de contestation s'est un peu apaisé depuis la reprise du parc Gezi par la police le week-end dernier, la situation reste instable.
Le tourisme, sensible à la crise politique actuelle, est le secteur qui a le plus souffert. L'Union des hôteliers et investisseurs turcs (TUROB) a déclaré ce mercredi que 60% des réservations d'hôtel avaient été annulées depuis le 31 mai. A cela s'ajoutent la suppression de plusieurs congrès et festivals internationaux. La TUROB précise que si les événements perdurent, des emplois pourraient être menacés.
Ce jeudi matin, la TUROB a publié son bilan de 20 jours de troubles: 215.862 nuits d'hôtel annulées; 80% d'annulations à Taksim-Beyoğlu-Şişli-Beşiktaş; 45.950 annulations pour le long terme. Coût total des pertes causées par ces annulations: 54,7 millions d'euros.
Pour le président de l'Association des artisans du Grand Bazar, Hasan Fırat, il est déjà trop tard. Après avoir indiqué que le plus grand marché couvert de la ville est actuellement “à 30% de ses capacités habituelles”, il explique au Hürriyet Daily News que “même si les manifestations s'arrêtent aujourd'hui, il faudra attendre un mois avant que les touristes reviennent à Istanbul.” Les commerçants de l'avenue Istiklal, touchée par des affrontements plusieurs nuits d'affilée, s'accordent à dire que les ventes ont subi une évolution en dents de scie ces derniers jours.
A l'inverse, les vendeurs ambulants ont largement profité de l'occupation du parc entre le 1er et le 15 juin. “Le premier samedi, j'ai vendu 600 concombres à une livre chaque en une journée”, précise l'un des vendeurs sur place. A Ankara, les hôtels ne désemplissent pas, au contraire. “Nous avons même enregistré des réservations supplémentaires en raison de l'arrivée des forces de police venues d'autres villes pour maîtriser les affrontements”, se réjouit Seçim Aydın, président de l'Union des opérateurs touristiques d'Anatolie (ATID).
Diane Jean (www.lepetitjournal.com/Istanbul) jeudi 20 juin 2013

lundi 17 juin 2013

#OCCUPYGEZI – Des négociations aux violences, trois jours en crescendo

Recep Tayyip Erdogan n'avait cessé d'insister ces derniers jours pour que les manifestations qui secouent la Turquie depuis le 31 mai se terminent ce week-end. Renouvelant les avertissements jusqu'à samedi, le Premier ministre turc a ordonné aux forces de l'ordre de déloger les nouveaux locataires qui s'y étaient installés.
Vendredi 14 juin
Les négociations se poursuivent. Dans la nuit de jeudi à vendredi, Recep Tayyip Erdoğan s’est entretenu une nouvelle fois avec 16 personnalités, dont plusieurs acteurs et intellectuels, et des membres de la plateforme “Solidarité Taksim”, principale coordination des associations qui occupent le parc. Lors d'un discours prononcé à Ankara le jour même, le Premier ministre promet de suspendre le projet d'aménagement du parc le temps que la justice tranche définitivement. Il exhorte ensuite les centaines d'occupants à quitter le parc en espérant que “tout sera fini d'ici ce soir.” Dans l'après-midi, la vidéo de l'eurodéputé Paul Murphy condamnant les réactions violentes et successives de Recep Tayyip Erdoğan fait le tour des réseaux sociaux. La BBC décide de suspendre son partenariat avec la chaîne nationale turque NTV pour sa couverture médiatique partiale des événements et pour n'avoir pas diffusé un reportage de ses journalistes. Les protestataires se consultent pour décider de la marche à suivre : accepter ou refuser les gestes de conciliation du gouvernement. Les occupants du parc restent sur leur garde. “Il va encore tricher. Nous n'avons plus confiance du tout”, raconte l'un d'entre eux. Les manifestants cohabitent avec la police à Taksim depuis trois jours. L'atmosphère de la place traduit un fragile apaisement mais la tension reste palpable. Davide Martello, pianiste allemand de 31 ans, s'est installé près du Monument de la République. “Je joue pour les manifestants et la police.” Le musicien bercera la ville tantôt sur des chansons des Beatles tantôt sur des airs d'opéra jusqu'au petit matin.
Samedi 15 juin
La plateforme Taksim solidarité annonce samedi matin qu'elle ne quittera pas les lieux. A Ankara, des milliers de personnes rejoignent le meeting du Premier ministre dans une lointaine banlieue de la capitale. Recep Tayyip Erdoğan durcit à nouveau sa rhétorique. “Je le dis clairement si Taksim n'est pas évacuée, les forces de sécurité de ce pays sauront comment l'évacuer.” Après avoir qualifié une nouvelle fois les manifestants de “voyous” et “d'extrémistes”, il salue ses partisans qui donnent “la vraie image de la Turquie”.
Avenue Istiklal samedi soir (photo DJ)
A 20h50, les policiers évacuent la foule du parc en quelques minutes à coup de gaz lacrymogènes, de canons à eau et de balles en plastique. Les autorités arrachent les pancartes, déchirent les tentes. L'accès au parc est également refusé aux journalistes. Egemen Bağış, ministre chargé des Affaires européennes, annonce simultanément à la télévision que “ceux qui resteront sur la place seront considérés à partir de maintenant comme membre d'une organisation terroriste”.
Ces propos et la violence des interventions policières déclenchent à nouveau la mobilisation de milliers de contestataires. “C'est le point de non retour”, affirme l'un d'eux. A minuit, la tension est à son comble près de l'hotel Divan. Claudia Roth, députée européenne favorable à l'adhésion de la Turquie à l'Union Européenne, est sur place. Les TOMA (véhicules de la police transportant les canons à eau, ndlr) bloquent les quatre artères menant à la place. Une jeune femme rapporte : “Si un jour la Turquie a été une démocratie, on est certain qu'aujourd'hui, elle ne l'est plus !” En scandant des marches d'Atatürk et en appelant le Premier ministre à démissionner, les contestataires tentent de rejoindre Taksim, le berceau du mouvement, toute la nuit sans succès. Izmir et Ankara manifestent leur solidarité, sans incident.
Dimanche 16 juin
A l'aube, d'importants effectifs de police interdisent l'accès à la place Taksim. Les bulldozers procèdent au nettoyage de la place et effacent les dernières traces des violences de la nuit. Vers 10 heures, les heurts reprennent de plus belle dans les quartiers environnants – Şişli, Harbiye et Cihangir étant les plus touchés. Pour la première fois à Istanbul, des unités de gendarmerie, force militaire dépendant en temps de paix du ministère de l'Intérieur, sont déployées sur l'un des deux ponts du Bosphore pour enrayer la marche des protestataires venant de la rive asiatique. Le bilan de la nuit fait débat. L'Union des médecins turcs parle de centaines de blessés, le gouverneur d'Istanbul annonce en annonce 44, et trois policiers blessés par balle. Dans la matinée, la police procède à de nombreuses arrestations. Les forces de l'ordre se rendent également au domicile des membres fondateurs du club de supporters de l'équipe de football de Beşiktaş, pour les arrêter. Les violences reprennent dans la capitale, à l'occasion des funérailles du troisième manifestant mort depuis le 31 mai.
A 18h, le Premier ministre tient comme prévu son second meeting du week-end à quelques kilomètres des manifestations. II opposant les partisans de l'AKP et les “voyous” de Taksim. Désormais, cinq syndicats appellent à la grève général dès ce lundi matin: à KESK, s'ajoutent la TTB (l'union des médecins turcs), DISK, TDHB (l'union des dentistes turcs) et la TMMOB (l'union des chambres des architectes et urbanistes turcs). Les affrontements se poursuivent jusque tard dans la nuit.



Diane Jean (http://lepetitjournal.com/istanbul) lundi 17 juin

vendredi 14 juin 2013

#OCCUPYGEZİ – Erdoğan propose un référendum et lance un “dernier avertissement”

Hier, Recep Tayyip Erdoğan a une nouvelle fois sommé les manifestants de quitter la place Taksim. Dans le même temps, le porte-parole de l'AKP, Hüseyin Celik, a annoncé qu'un référendum pourrait décider du sort du parc, une proposition rejetée par les contestataires. Dans la nuit de jeudi à vendredi, le Premier ministre a rencontré à Ankara une délégation d'artistes et de représentants de la plateforme Solidarité Taksim. Le préfet d'Istanbul s'est quant à lui entretenu avec des manifestants à Dolmabahçe.
Les événements semblent en passe de se précipiter à Istanbul. Après 14 jours de contestation, Recep Tayyip Erdoğan a lancé hier "un dernier avertissement" aux manifestants, qui s'étaient une nouvelle fois réunis par centaines sur la place Taksim et dans ses environs. "Nous avons gardé notre patience jusqu'à présent, mais la patience touche à sa fin", a déclaré le Premier ministre turc lors d'un discours prononcé à Ankara, devant des maires de l'AKP. Mercredi, il s'était entretenu avec une délégation de contestataires. A l'issue de cette rencontre marathon, Hüseyin Celik, le porte-parole du Parti pour la justice et le développement (AKP), a indiqué que la question du parc Gezi pourrait être tranchée par les citoyens stambouliotes, à travers un référendum. "Je crois qu'après ce geste de bonne volonté les jeunes vont décider de quitter le parc Gezi", a-t-il ajouté à l'Associated Press (AP).
Les opposants de Taksim rejettent le référendum
Mais ses espoirs ont vite été déçus. La plateforme Solidarité Taksim, la principale coordination des contestataires du parc, qui n'avait pas été conviée à la table des négociations mercredi, a rejeté en bloc toute idée d'une consultation populaire, jugée illégale. "Il y a déjà une décision de justice qui a imposé l'arrêt des travaux d'aménagement du parc Gezi. Dans ces conditions, il n'est pas légal d'envisager une consultation populaire pour décider du sort du parc", a fait savoir Tayfun Kahraman, l'un de ses principaux responsables.
Au delà des questions juridiques, la proposition du gouvernement est insuffisante aux yeux des opposants de la place Taksim. "Avec le référendum, le gouvernement fait marche arrière. Mais ça n'effacera pas ce qui s'est passé, et la mort de trois personnes. En plus, la consultation va être limitée à Istanbul, alors que le mouvement concerne la Turquie toute entière", remarque Sezen, 29 ans, membre du Collectif Féministe. Comme elle, nombre de contestataires affirmaient hier vouloir rester dans le parc, et ce en dépit des avertissements de Recep Tayyip Erdoğan . "Nous sommes prêts et nous n'avons pas peur", affirmait l'un d'entre eux. Plusieurs personnes ayant rencontré le Premier ministre dans les derniers jours ont affirmé aux médias turcs qu'une intervention dans le parc aurait lieu dans les 24 heures si les occupants ne le quittaient pas de leur propre volonté.
La mise en garde du Parlement européen
Depuis le début du mouvement de contestation, plusieurs Etats occidentaux ont fait part de leurs préoccupations concernant les violentes répressions auxquelles se sont livrés les forces de police. Hier, c'était au tour du Parlement européen d'interpeller le gouvernement turc. Réunis en session plénière à Strasbourg, les députés ont adopté une résolution "mettant en garde [le gouvernement turc] contre l'adoption de mesures sévères à l'encontre de manifestants pacifiques"et demandaient au Premier ministre "d'adopter une position d'unité et de conciliation."
La réaction du principal intéressé ne s'est pas faite attendre. "Comment pouvez-vous prendre ce genre de résolution alors que la Turquie n'est pas un membre de l'Union européenne, mais une candidate. […] Vous devriez rester à votre place", a vigoureusement réagi Recep Tayyip Erdoğan.
Jonathan Grimmer (www.lepetitjournal.com/istanbul) vendredi 14 juin 2013