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lundi 17 juin 2013

RÉPONSE À GEZI – Erdoğan s'exprime devant ses partisans

Comme une démonstration de force adressée aux opposants de la place Taksim, le Premier ministre turc a donné ce week-end deux meetings géants, réunissant des centaines de milliers de personnes. Sur place, les partisans étaient conquis.
Des hommes dans la force de l'âge. Des femmes voilées, dans leur grande majorité, et d'autres qui ne le sont pas. Mais aussi quelques jeunes en jean et baskets. Tel était le profil des dizaines de milliers de personnes qui se sont rendus hier, sur la place de Kazlıçeşme à Istanbul, pour assister au meeting du leader de l'AKP, Recep Tayyip Erdoğan.
La veille, un rassemblement similaire avait eu lieu à Ankara. Le Premier ministre avait alors lancé un nouvel ultimatum aux occupants du parc Gezi."Nous avons une réunion publique demain à Istanbul. Je le dis clairement: si Taksim n'est pas évacuée, les forces de sécurité de ce pays sauront comment l'évacuer".
Photo akparti.org
Deux heures plus tard, la police intervenait à grand renfort de gaz lacrymogènes et de canons à eau. Rien de choquant pour les militants rassemblés hier à Istanbul. "Ils étaient obligés. Les gens [dans le parc Gezi] nous bloquent. Quand on vous empêche de passer quelque part, vous appelez la police. Donc c'est normal qu'elle intervienne", s'indigne Fikret, un ingénieur informatique de 27 ans. Plus tempéré, un membre des Jeunes de l'AKP estime pour sa part que"la première intervention était démesurée. Mais les choses ont changé depuis."
Dimanche soir, Erdoğan a déclaré que l'évacuation du parc était "un devoir". "C'était devenu insupportable" a-t-il ajouté.
"Erdoğan est un démocrate !"
Fidèle à la ligne tracée par leur leader, les partisans de l'AKP considèrent que les violences qui secouent la Turquie depuis plus de deux semaines sont à mettre à l'actif des “vandales” du parc du Gezi. "La plupart d'entre eux sont des anarchistes qui veulent la destruction de la République. Et contrairement à ce que racontent les médias internationaux, Erdoğan est un démocrate", lâche Ümit, 24 ans, également ingénieur informatique. "Il faut pas inverser les rôles", embraye Mustafa, étudiant en sciences politiques. "Le gouvernement n'a pas de problèmes avec les protestations tant qu'elles sont faites dans le respect de la démocratie. Mais des manifestants ont lancé des cocktails Molotov sur la police !"
Dans la même logique, la question très débattue de l'islamisation de la société turque est balayée d'un revers de main."L'islamisation est agitée par les gens de la place Taksim pour faire parler d'eux dans les médias internationaux. Mais ce n'est pas ce qui est en train de se passer en Turquie", explique Mustafa Moins mesuré est le jugement Fikret : "Nous sommes musulmans. Nous croyons au Coran, nous croyons au prophète Mahomet. Donc quand tu crois à la religion, c'est normal de la respecter."
“Succès économiques”
Tous ont également tenu à souligner la gestion économique de leur champion. "Il n'y a qu'à voir ce qu 'était le pays il y a 10 ans, et ce qu'il est maintenant", s'enthousiasme l'un d'entre eux. Comme ses militants, le gouvernement ne manque jamais une occasion de s'enorgueillir de sa croissance vigoureuse. "Vous avez un appel d’offres de 65 milliards de dollars pour la construction d’une centrale nucléaire et un aéroport le même jour, [et] une Turquie qui a effacé ses dettes auprès du FMI, dont la note de crédit a augmenté", indiquait il y a encore quelque jour au Hürriyet Daily News Ahmet Davutoğlu, le ministre des Affaires étrangères. Cependant, ce ciel radieux est quelque peu terni depuis le début du mouvement de contestation. En deux semaines, le cours de la Bourse turque a chuté d'environ 10%. Samedi soir à Ankara, Erdogan s'en est une nouvelle fois pris aux spéculateurs étrangers, accusés de profiter de la situation pour mettre à mal l'économie du pays, qui est par ailleurs passée d'un taux de croissance de 8,5% en 2011, à 2,2% en 2012.
Mais cela n'ébranle en rien la confiance de ses supporters. "Je sais qu'il va encourager le développement économique" confie Özgün, un étudiant en informatique.Sourire aux lèvres, il ajoute : "Je veux qu' Erdoğan continue à faire du Erdoğan."
Jonathan Grimmer (http://www.lepetitjournal.com/Istanbul) lundi 17 juin 2013

jeudi 2 mai 2013

1ER MAI À ISTANBUL – Les affrontements redoutés ont fait des dizaines de blessés


Après trois années de célébrations relativement pacifiques, Istanbul a renoué ce mercredi avec les violences du 1er mai. A Şişli et Beşiktaş, des affrontements ont opposé pendant une bonne partie de la journée la police aux manifestants, déterminés à marcher vers la place Taksim malgré l’interdiction officielle.
Pas moins de 22.000 policiers étaient sur le qui-vive dès les premières heures du jour, appuyés par des dizaines de canons à eau et des grenades lacrymogènes. Selon la préfecture, 2.000 de ces grenades ont été tirées vers les manifestants et 25 personnes ont été blessées, dont 22 policiers. Les médias turcs ont quant à eux cité les noms d’une dizaine de civils blessés, dont trois dans un état sérieux. C’est à Şişli, Mecidiyeköy, Tarlabaşı et Beşiktaş que les affrontements ont été les plus violents.
Sur le boulevard Barbaros, à Besiktas (Photo FF)
Jets d’eau et de gaz contre jets de pierres et barricades
A Şişli, des milliers de membres de la Confédération des syndicats progressistes de Turquie (DİSK) se sont rassemblés tôt le matin devant de leur siège. Des membres des partis socialistes et anarchistes, ainsi que militants du Front révolutionnaire de libération du Peuple (DHKP) les y ont rejoints. Ensemble, ils ont tenté de marcher vers la place Taksim. Les forces de police ont entrepris de les disperser à coups de grenades lacrymogènes. Kani Beko, le leader de DISK, a condamné dans une interview à l’agence Anatolie “cette terreur d’Etat envers les ouvriers.”
Les manifestants se sont ensuite rassemblés dans les petites rues de Şişli. Les affrontements ont duré jusqu’en milieu d’après-midi, la police tentant toujours de disperser les civils, qui essayaient continuellement de se regrouper. Quelques-uns jetaient pierres et cocktails Molotov sur les policiers. Pour construire des barricades, les manifestants ont utilisé des poubelles, scooters à pizza et autres matériaux trouvés dans la rue. Ils ont endommagé vitrines et voitures, tandis que les forces de l’ordre ont également causé des dégâts en tirant leurs grenades vers l’intérieur des boutiques, immeubles ou sur les manifestants.
Les civils touchés par les gaz ont cherché à s’abriter dans les immeubles aux alentours. Par endroits, les nuages de gaz envahissaient même ceux qui étaient restés chez eux. Certains civils, les yeux irrités et en larmes, tentaient d’apaiser la douleur avec les citrons que des habitants distribuaient. Au moins 16 personnes ont été emmenées à l’hôpital Şişli Etfal à cause des gaz, ont rapporté certains médias.
Les manifestants avaient prévu des masques et du citron
pour se protéger des gaz (photo AA)
Pour le préfet, une riposte “extrêmement proportionnée”
A Beşiktaş, le rassemblement a commencé vers 7h30. Des membres et sympathisants du Parti républicain du peuple (CHP), du Parti communiste et du Parti des travailleurs ont annoncé leur intention de manifester en cortège vers la place Taksim. La police est intervenue une première fois au gaz lacrymogène pour disperser la foule. D’autres groupes les ont rejoints entre 9h et 10h et ont à nouveau été dispersés par les gaz et les canons à eau sur le boulevard Barbaros et dans les rues adjacentes.
Profitant de la confusion, certains groupes isolés ont cassé des pavés et ramassé des pierres pour les jeter en direction des forces de l’ordre. D’autres étaient munis de bâtons et de barres de fer. La vitre d’un abribus a volé en éclats. Les heurts ont continué, par intermittence, jusqu’à 13h30. Trois ambulances sont arrivées sur place pour emmener des victimes de malaise ou de jets de grenade, dont un journaliste de l’agence de presse Doğan. Le numéro 2 du CHP, Gürsel Tekin, a aussi été hospitalisé après un malaise.
Le préfet d’Istanbul, Hüseyin Avni Mutlu, a rejeté la responsabilité des heurts sur des “groupes marginaux rassemblant entre 3.000 et 3.500 personnes” et a qualifié la riposte policière “d’extrêmement proportionnée”. Dans une déclaration, Hüseyin Avni Mutlu a précisé que 72 personnes avaient été placées en garde à vue.
Découvrez en son et en images le reportage de l’équipe du petitjournal.com d’Istanbul (photos AA et FF) : http://www.lepetitjournal.com/istanbul
Anne Andlauer et Fanny Fontan  mercredi 1er mai 2013