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dimanche 30 juin 2013

TURQUIE-PKK – Où en est le processus de paix ? Sept clés pour comprendre

Après 30 ans de guerre, des négociations de paix sont en cours entre les autorités turques et Abdullah Öcalan, le chef emprisonné à perpétuité du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). Reléguées au second plan de l'actualité ces dernières semaines, où en sont les négociations ? Voici sept points pour comprendre ce qu'il se passe.
1. Un processus en trois étapes ? - Les combattants du PKK ont commencé à se retirer le 8 mai dernier vers leurs bases du nord de l'Irak. Cette phase constituerait le premier acte de l'accord tacite passé entre le chef du PKK et Ankara pour un règlement du conflit, après l'appel au cessez-le-feu et au retrait lancé par Abdullah Öcalan le 21 mars dernier. D'après le BDP (Parti pour la paix et la démocratie, pro-kurde), si les négociations suivent leur cours et que des réformes sont bel et bien engagées par le gouvernement (deuxième étape), le processus de paix serait entériné par un troisième chapitre : l'abandon définitif des armes par le PKK, qui signerait la fin de 30 années de guerre.
2. Les réformes, condition de la réussite du processus – La semaine dernière, l'un des coprésidents du BDP, Selahattin Demirtaş, a fait part de son impatience. Il a appelé le gouvernement à honorer sa “part du contrat” en engageant des réformes avant la fin de l'été. Parmi elles, des amendements au code pénal et aux lois sur les élections pour favoriser la représentation de la minorité kurde au parlement, le droit à l'éducation en langue kurde ainsi qu'une forme d'autonomie régionale sont jugées prioritaires. Les semaines passées, les autorités turques semblent surtout s'être focalisées sur la fronde antigouvernementale qui secoue le pays depuis un mois. Selahattin Demirtaş a indiqué s'attendre dans les prochains jours à des “annonces” du gouvernement, sans qu'aucune confirmation officielle n'intervienne.
3. Les acteurs du processus – Mercredi, la délégation des “Sages (photo de gauche, site officiel du Premier ministre) a remis son rapport au Premier ministre Recep Tayyip Erdoğan, principal interlocuteur des négociations avec Hakan Fidan, le chef des services de renseignement turcs. Depuis deux mois, ces 63 intellectuels, membres d'ONG et personnalités, ont parcouru les 81 provinces du pays pour recueillir les souhaits et les craintes de la population concernant les négociations en cours. Les revendications du PKK, formulées par Abdullah Öcalan sur l'île d'İmralı, en mer de Marmara, sont relayées par les représentants du BDP, en particulier par Selahattin Demirtaş et le député Pervin Buldan, qui lui ont rendu visite à plusieurs reprises ces dernières semaines et mardi dernier encore. Dans son dernier message, Abdullah Öcalan s'est dit convaincu que “malgré certaines obstructions (...) nous parviendrons au but”.
4. Les inquiétudes des derniers jours - Mercredi, le Premier ministre Recep Tayyip Erdoğan a déclaré insuffisant le retrait des rebelles du PKK du territoire turc, dont le gouvernement estime qu'il concerne pour l'instant 15% des combattants. Il a ajouté qu'il était “hors de question de réduire le seuil des 10%” permettant à un parti politique d'accéder aux sièges de l'Assemblée nationale. Suite à cette déclaration, Murat Karayılan, chef militaire du PKK basé en Irak du Nord, a accusé les autorités de saboter le processus de paix. Le même jour, le responsable d'une base militaire de l'est de la Turquie a été kidnappé par des militants liés au PKK, d'après l'agence de presse Doğan. Cet incident est le quatrième recensé par l'armée turque depuis la proclamation unilatérale du cessez-le-feu. La semaine dernière, un hélicoptère militaire avait essuyé des coups de feu attribués par Ankara au PKK à Yüksekova, dans le sud-est de la Turquie. Deux ouvriers avaient été kidnappés par le PKK le 23 juin à Bitlis, avant d'être libérés hier. Hier encore, un membre des "forces de sécurité", selon l'agence Anatolie, a été blessé dans une opération à Cizre. Sept personnes ont été placées en garde à vue. Ces incidents ont ravivé les craintes d'un “sabotage” du processus, alors qu'aucune victime d'affrontements entre l'armée et le PKK n'est à déplorer depuis le début des négociation.
5. La “double exigence” du processus de paix – Jonathan Powell, diplomate britannique et figure clé des pourparlers de paix en Irlande du Nord sous le gouvernement de Tony Blair, s'est rendu à Ankara en début de semaine pour partager son expérience des techniques de négociation. Selon lui, “l'un des points qui inquiète les hommes politiques, c'est qu'en réalité ils font face à deux audiences. Parfois ils considèrent uniquement les revendications de ceux qui se tiennent en face d'eux (les représentants du PKK, ndlr), mais il y a aussi une communauté entière (les Kurdes, ndlr) qui doit être inclus dans ce processus de paix.”
6. L'opinion publique en Turquie – D'après un sondage réalisé au printemps dernier par le GENAR, centre de recherche et cabinet de conseil turc indépendant,environ 90% de la population en Turquie approuve la résolution de la question kurde par le biais de négociations. Cependant, une frange non-négligeable de l'opinion du pays reste catégoriquement opposée aux discussions engagées par le gouvernement avec le chef du PKK, Abdullah Öcalan, largement considéré comme un "terroriste".
7. Un conflit qui dure depuis bientôt 30 ans – La conflit entre l'armée et le PKK aurait couté la vie 40.000 personnes depuis 1984. Initialement, le PKK souhaitait l'indépendance d'un territoire doté d'une population à majorité kurde. Depuis l'arrivée au pouvoir de l'AKP (Parti de la justice et du développement), des concessions ont été faites de la part des deux camps pour aboutir à la paix.L'ancien chef de cabinet de Tony Blair, Jonathan Powell, pressait cette semaine pour des solutions concrètes et imminentes, estimant que “si le laps de temps entre le cessez-le-feu et les négociations se révèle trop long, il se peut que cela tourne mal.”
Diane Jean (http://lepetitjournal.com/istanbul) vendredi 28 mai 2013

vendredi 29 mars 2013

TURQUIE: “MASSACRE D’ULUDERE” – Le rapport parlementaire conclut à un accident


La tragédie d’Uludere, le 28 décembre 2011, était un accident, selon un rapport parlementaire paru cette semaine. Cette nuit-là, 34 villageois avaient trouvé la mort dans un raid aérien de l’armée turque dans la région de Şırnak (sud-est du pays), à la frontière avec l’Irak. Ces contrebandiers, dont certains étaient mineurs, auraient été confondus avec des membres du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan).
“Les investigations sur cet incident n’ont produit aucune preuve d’une attaque intentionnelle”, précise ce rapport de la Commission des droits de l’Homme après 15 mois d’enquête. Le rapport recommande “des mesures visant à légaliser le commerce à la frontière”, la contrebande constituant souvent la seule source de revenu des villageois.
Les conclusions du rapport ont été adoptées par le Parlement turc malgré les réticences des partis d’opposition du MHP (Parti d’action nationaliste), BDP (Parti pour la paix et la démocratie) et CHP (Parti républicain du peuple).
Aurélie Darblade (http://www.lepetitjournal.com/istanbul) vendredi 29 mars 2013

lundi 25 mars 2013

Le PKK proclame une trêve mais ne quitte pas encore la Turquie


APRÈS L’APPEL D’ÖCALAN – 
Le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) a proclamé samedi un cessez-le-feu en Turquie, deux jours après l’appel en ce sens de son fondateur et chef emprisonné, Abdullah Öcalan. “Si nos forces sont attaquées, elles se défendront”, précise toutefois Murat Karayılan, commandant militaire de l’organisation armée, dans un message vidéo.
Dans ce même message, le PKK se refuse à un retrait immédiat hors des frontières turques et dit attendre de l’Etat, du gouvernement et du Parlement qu’ils “assument leurs responsabilités et prennent les décisions nécessaires concernant le retrait”. “Nous sommes prêts à la guerre autant qu’à la paix”, ajoute Murat Karayılan. Abdullah Öcalan avait appelé le 21 mars les militants du PKK à quitter le territoire, sans toutefois préciser de calendrier. Le Premier ministre Recep Tayyip Erdoğan avait quant à lui indiqué que l’armée turque cesserait ses opérations si le PKK se retirait de Turquie.
Interviewé samedi par le journaliste Hasan Cemal, Murat Karayılan affirme que “le gouvernement doit faire certains pas au niveau constitutionnel” pour qu’un retrait soit décidé. “Reconnaître l’identité kurde, faire un pas pour l’éducation en langue maternelle et autres…” détaille-t-il.
Dimanche, le vice Premier ministre Beşir Atalay confirmait qu’une commission de 25 à 30 “sages” (Akil Adamlar Komisyonu, organisée en groupes de sept personnes) serait chargée de faciliter le processus de paix. Les médias turcs citaient les noms de l’écrivain Yaşar Kemal, Hasan Cemal ou encore du comédien Kadir İnanır.
Anne Andlauer (www.lepetitjournal. com/Istanbulæ) lundi 25 mars 2013

vendredi 22 mars 2013

Öcalan sera-t-il entendu ?


PKK – Abdullah Öcalan appelle à déposer les armesLe fondateur et chef emprisonné du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) a appelé l’organisation à cesser les combats et à quitter la Turquie. Un message qualifié “d’historique”, alors qu’un dialogue politique est en cours pour négocier la paix après 30 ans de guerre.
Des centaines de milliers de personnes ont écouté, sur l’immense terrain vague qui accueillait les fêtes de Newroz à Diyarbakır ou en direct à la télévision, l’appel au cessez-le-feu d’Abdullah Öcalan. Une lettre de cinq pages, écrite depuis l’île-prison d'İmralı où il purge une peine à vie, lue en kurde puis en turc par deux députés du Parti de la paix et de la démocratie (BDP).
“Nous sommes arrivés à un point où les idées, et non les armes, doivent parler”, affirme le chef du PKK dès les premières lignes. Abdullah Öcalan appelle non seulement les armes à se taire mais aussi ceux qui les portent à quitter la Turquie. “Une nouvelle ère commence (…) Ce n’est pas l’arrêt de la lutte, mais le début d’une nouvelle lutte”, d’un “processus politique démocratique”, écrit-il encore.
A Diyarbakır hier (photo BDP Merkez, Facebook)
Cette lettre était attendue, connue du gouvernement turc qui l’avait lue la veille. Dévoilée ce 21 mars, jour du nouvel an kurde, au cours de célébrations autorisées par les autorités, elle ravive les espoirs de paix dans une pays endeuillé par trente années de guerre. Elle intervient trois mois à peine après le début de pourparlers – inédits car directs et médiatisés – entre le gouvernement turc et le leader du PKK.
Erdoğan: “Un développement positif”
“Ce n’est pas la première fois qu’Abdullah Öcalan appelle à un cessez-le-feu”, rappelle Deniz Zeyrek. Ce journaliste du quotidien Radikal, présent hier à Diyarbakır, cite notamment la trêve de 1999, l’année de l’arrestation d’Abdullah Öcalan. “Mais pour la première fois”, poursuit-il “Öcalan délivre un message susceptible d’être entendu par une large part de la population, et non plus seulement par le PKK ou le BDP. Il n’a pas parlé, par exemple, d’Etat kurde, de fédération ni même d’autonomie.”
Autant de mots qui auraient fait bondir une large part de la société turque. En l’état, la lettre d’Abdullah Öcalan a provoqué la colère des députés du parti ultranationaliste MHP, opposés aux pourparlers avec le “chef terroriste”. Hier à l’Assemblée, ils ont accroché sur leurs sièges des cartes de la Turquie frappées du drapeau turc.
Le gouvernement, en revanche, est apparu satisfait. Le ministre de l’Intérieur, Muammer Güler, a salué “un langage de paix” tandis que le Premier ministre Recep Tayyip Erdoğan qualifiait la déclaration de “développement positif”.L’atmosphère en Turquie et dans la région changeront à partir du moment où ces messages seront effectivement mis en pratique. (Les militants du PKK) doivent quitter notre pays et dès lors qu’ils le feront, nos forces armées n’auront plus le luxe de mener des opérations” a ajouté le chef du gouvernement, avant de dénoncer l’absence de drapeaux turcs à la manifestation de Diyarbakır.
Le début d'un processus
Prudence de chaque côté, donc, car l’appel au cessez-le-feu et au retrait des combattants du PKK n’est qu’une première étape du “processus de paix” ou “processus de solution”, comme on le nomme ici. Son objectif ultime – l’abandon définitif des armes par l’organisation d’ici fin 2013, d’après Deniz Zeyrek – dépendra aussi de l’adoption de réformes pour développer les droits de la minorité kurde, un sujet sur lequel le gouvernement n’a pas encore fait de déclaration officielle.
Plusieurs questions restent en suspens, de la définition de la citoyenneté dans une nouvelle Constitution à la question de l’éducation en langue maternelle, en passant par le sort des combattants du PKK – Ankara se refuse à toute amnistie générale – et d’Abdullah Öcalan lui-même. “Liberté pour Öcalan” et ‘Un statut pour les Kurdes” étaient d'ailleurs les mots d'ordre des célébrations de Newroz à Diyarbakır.
“Ce qui compte désormais, c’est de savoir comment et où les militants (du PKK) vont déposer les armes, et quels pas le gouvernement et l’opposition vont accomplir”, commente Murat Yetkin, éditorialiste au quotidien anglophone Hürriyet Daily News. “Mais un seuil important, un seuil psychologique semble avoir été franchi aujourd’hui”, ajoute-t-il.
“Les semaines et les mois qui viennent vont être d’une importance capitale”, renchérit le journaliste Deniz Zeyrek, qui met en garde contre un nouvel échec. Une telle hypothèse pourrait ouvrir la voie à des “lendemains encore plus meurtriers”, dit-il, en raison des attentes suscitées et de l’implication des différents acteurs.
Le commandement militaire du PKK en Irak du Nord se serait pour l'heure engagé à déposer les armes, rapportait hier soir l'agence de presse prokurde Fırat News.
Anne Andlauer (http:/www.lepetitjournal.com/istanbul) vendredi 22 mars 2013

mercredi 30 janvier 2013

Le PKK se préparerait à déclarer une trêve


Le quotidien Hürriyet a publié hier ce qu’il présente comme les grandes lignes d'un accord conclu entre les autorités turques et le chef emprisonné du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), Abdullah Öcalan. Selon les termes de cet accord, qu’aucune des deux parties n’a encore confirmé, le PKK devrait annoncer un cessez-le-feu en février, après un appel “officiel” d’Öcalan en ce sens.
A l’arrivée du printemps, période de l’année à laquelle les combats reprennent en général, un groupe de 100 membres du PKK devrait déposer les armes et quitter la Turquie, en signe de “confiance” aux pourparlers en cours. Des officiels du renseignement turc (MIT) devraient par ailleurs se rendre dans les prochains jours dans le nord de l’Irak, où se trouve le commandement militaire de l’organisation, pour préciser les conditions de la trêve.
Depuis plusieurs semaines, le PKK et le gouvernement turc conduisent officiellement des négociations visant à mettre un terme à près de 30 ans d’hostilités.
Anne Andlauer (http://www.lepetitjournal.com/istanbul) mercredi 30 janvier 2013

vendredi 11 janvier 2013

PAR QUI ? POURQUOI ?– Les réactions au meurtre de trois activistes kurdes à Paris


Le meurtre par balle de trois femmes dans les bureaux du Centre d'information kurde de Paris a dominé l’actualité hier, en France et en Turquie. Ce triple assassinat intervient au moment où le PKK et le gouvernement turc discutent d’une éventuelle issue à près de 30 ans d’hostilités. Depuis hier, chacun y va de son interprétation, même si beaucoup refusent d’y voir une simple coïncidence.
L’une des victimes, Sakine Cansız, avait contribué à la fondation du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) en 1978 aux côtés d’Abdullah Öcalan, son leader historique emprisonné depuis 14 ans. Fidan Doğan est présentée dans les médias comme la représentante en France du Congrès national du Kurdistan (KNK) et Leyla Söylemez comme une jeune activiste kurde. Leurs corps ont été retrouvés dans la nuit de mercredi à jeudi au Centre d'information kurde, dans le 10ème arrondissement de Paris.
“Les brigades de l'anti-terrorisme et de l'anti-criminalité sont mobilisées pour faire toute la lumière sur cet acte tout à fait insupportable”, a assuré Manuel Valls, ministre de l’Intérieur, lors d’une visite au centre hier. Les activistes ont “sans doute été exécutées”, a commenté le ministre alors que la préfecture de police, citée par les agences, se montrait très prudente : “Il s'agit d'un triple homicide, c'est certain, mais il est beaucoup trop tôt pour dire s'il s'agit d'un éventuel règlement de comptes lié à la mouvance kurde ou bien s'il s'agit de tout autre chose." Le président François Hollande a qualifié d"horrible" l'assassinat des trois femmes, précisant avoir connu l'une d'elles.
Tentative de “sabotage”
Par qui et surtout pourquoi Sakine Cansız, Fidan Doğan et Leyla Söylemez ont-elles été assassinées ? Alors que l’enquête en France ne fait que commencer, responsables turcs mais aussi représentants politiques et associatifs kurdes pointent du doigt le même contexte, sans en tirer toutefois les mêmes conclusions. Beaucoup évoquent une tentative de “sabotage” du dialogue amorcé entre le gouvernement turc et le chef du PKK pour un règlement pacifique de la question kurde. Malgré les pourparlers en cours, lundi soir encore, quatorze combattants du PKK et un soldat turc avaient trouvé la mort dans des combats dans la province de Hakkari.
“Cela peut être un règlement de comptes interne”, s’est avancé Recep Tayyip Erdoğan, réagissant au meurtre des trois militantes kurdes. Le Premier ministre a aussi évoqué “une provocation de grande envergure” de la part de “ceux qui ne souhaitent pas” voir émerger une solution au conflit. Plus tôt dans la journée, le vice-président du Parti de la justice et du développement (AKP), Hüseyin Çelik, avait estimé qu’au vu du “mode opératoire, cela ressemble davantage à un règlement de comptes au sein du PKK.”
Des conclusions rejetées par le co-président du BDP (Parti de la paix et de la démocratie, pro-kurde), Selahattin Demirtaş. “Comment savoir si ceux qui font ces déclarations n’ont pas eux-mêmes planifié ce massacre”, écrit-il sur son compte twitter, accusant l’AKP de vouloir “clore le sujet” en attribuant ces trois morts à la dissidence – bien réelle – au sein du PKK. Selahattin Demirtaş et Gültan Kışanak, l'autre présidente du parti, ont annoncé se rendre en France pour assister aux obsèques.
“Un dangereux précédent”
Les pistes sont donc plurielles et la multiplication des déclarations, côté turc, contribue à la confusion. Parmi les quelque 200 personnes rassemblées hier devant le Centre d'information kurde à Paris, des manifestants accusaient le gouvernement turc, ses services secrets ou ceux d’autres pays. Pour eux, aucun doute, il s'agit d'un “assassinat politique”.
“Je ne pense pas qu’il s’agisse d’un acte commis par l’Etat profond”, estimait pourtant le journaliste Taha Akyol sur la chaîne de télévision CNN Türk, citant plutôt une exécution en interne ou encore, sans trop sembler y croire, “un acte planifié depuis des mois”, sans rapport avec le processus de négociations en cours.
“Il est clair qu’il s’agit d’un complot visant directement Öcalan, quel qu’en soit l’auteur”, interprétait quant à lui le journaliste Avni Özgürel, du quotidien Radikal. Kadri Gürsel dans Milliyet pense lui aussi que quel que soit l’auteur ou les auteurs, “le but de ces meurtres est de remettre en cause les négociations dans l’opinion publique kurde et les rangs du mouvement kurde, de créer une insécurité, de compliquer le processus et au final de porter un coup aux espoirs de paix.”
Dans un communiqué, l’Institut kurde de Paris appelle les autorités françaises à faire la lumière sur ce triple meurtre “qui crée un dangereux précédent et qui inquiète fortement la communauté kurde de France”. Des associations kurdes ont lancé un appel à manifester samedi à midi, place de la Bastille à Paris.
Anne Andlauer (www.lepetitjournal.com/istanbul) vendredi 11 janvier 2013

mardi 6 novembre 2012

TURQUIE: le débat est relancé sur la peine de mort


Recep Tayyip Erdoğan a semblé regretter samedi l’abolition de la peine capitale, adoptée à l’époque où la Turquie cherchait à convaincre l’UE d’entamer avec elle des négociations d’adhésion. Le Premier ministre turc faisait spécifiquement référence au sort du chef du PKK, Abdullah Öcalan, emprisonné depuis 1999
Samedi 3 novembre, le Parti de la justice et du développement (AKP) fêtait ses dix années à la tête du pays. Entre un éloge des réussites économiques de son gouvernement et une tirade sur la “révolution des mentalités” opérée sous ses trois mandats, Recep Tayyip Erdoğan a surpris en évoquant la peine de mort, pourtant peu ou pas débattue depuis son abolition en 2002.
Le Premier ministre turc venait de s’en prendre aux centaines de prisonniers kurdes en grève de la faim depuis plusieurs semaines, certains depuis mi-septembre. Accusés d’appartenance ou de soutien au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK, interdit), ils refusent de s’alimenter pour obtenir, entre autres, une amélioration des conditions de détention d’Abdullah Öcalan. Le chef historique du PKK, capturé en 1999, est maintenu à l’isolement sur l’île d’Imralı en mer de Marmara.
“Nous ne libérerons pas le chef terroriste simplement parce que vous le demandez et que vous vous engagez dans une telle action”, a-t-il lancé aux prisonniers, qualifiant leur mouvement de “chantage”. Abdullah Öcalan, initialement condamné à mort, purge une peine à perpétuité depuis que l’exécution a disparu des pages du Code pénal turc.
Une avancée que semble aujourd’hui déplorer le chef du gouvernement. “Ce pays a aboli la peine de mort sous la pression de cercles bien connus”, a-t-il affirmé samedi, avant de citer des “enquêtes d’opinion qui montrent qu’une majorité de nos citoyens veut actuellement le retour de la peine de mort.”
Potence dans une prison du Texas (photo Patrick Feller, Flickr/CC)
L’abolition et l’Europe
En août 2002, les députés turcs abolissent la peine capitale en temps de paix. A l’époque, le pays est gouverné par une coalition tripartite dominée par le Parti démocratique de la gauche (DSP). Erdoğan n’est pas encore élu mais dirige déjà l’AKP, jeune formation d’un an tout juste. Seul le Parti d’action nationaliste (MHP), membre de la coalition gouvernante, fait bloc au Parlement contre l’abolition.
Moins de deux ans plus tard, alors que l’AKP est seul au gouvernement et majoritaire au Parlement, une nouvelle réforme supprime l’ensemble des dispositions de la Constitution relatives à la peine capitale et l’abolit en toutes circonstances. Cette réforme a joué un rôle essentiel dans l’ouverture des négociations d’adhésion à l’Union européenne l’année suivante.
“Qui sont ces ‘cercles bien connus’ qui faisaient pression pour l’abolition?” fait aujourd’hui mine de s’interroger Özgür Mumcu. L’éditorialiste du quotidien Radikal rappelle que Recep Tayyip Erdoğan avait soutenu en 2002 la suppression de la peine capitale. “Monsieur Erdoğan était-il à l’époque sous la pression de ‘cercles bien connus’ ?” demande-t-il encore.
“Un jouet dans les mains d’Erdoğan”
Selon Özgür Mumcu, “la peine de mort est un jouet dans les mains d’Erdoğan. Il était contre à la naissance de son parti, quand il était question d’avoir l’air pro-européen ; il était contre au moment du référendum du 12 septembre (2010) quand il s’agissait d’avoir l’air démocrate ; mais il est pour quand il est mis en difficulté sur la question kurde et dépendant des votes nationalistes”, écrit-il.
Nuray Mert, dans le quotidien anglophone Hürriyet Daily News, élargit sa critique à la société turque. Elle rappelle que la peine capitale n’a pas fait l’objet d’un débat à l’époque de son abolition et que l’opinion d’une majorité de ses compatriotes n’a pas évolué depuis. “Il nous faut admettre que la majorité du pays ne se préoccupe pas de la valeur de la vie humaine, sans parler des libertés”, assène-t-elle. “Le défi de la Turquie est qu’Erdoğan et l’AKP sont au parfait diapason de la majorité qui les soutient. Autrement, les gens ne pourraient pas être emprisonnés pour des motifs arbitraires, les Kurdes ne seraient pas diabolisés et la grève de la faim de centaines de prisonniers ne serait pas dénigrée comme un show politique”, estime encore Nuray Mert.
Quant à l’actuel Parlement, un député du MHP, proche conseiller du dirigeant d'opposition Devlet Bahçeli, a fait savoir que son parti soutiendrait une éventuelle réintroduction de la peine de mort, “en particulier pour le chef terroriste Öcalan.”
Anne Andlauer (http://www.lepetitjournal.com/istanbul.html) mardi 6 novembre 2012