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vendredi 22 mars 2013

Öcalan sera-t-il entendu ?


PKK – Abdullah Öcalan appelle à déposer les armesLe fondateur et chef emprisonné du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) a appelé l’organisation à cesser les combats et à quitter la Turquie. Un message qualifié “d’historique”, alors qu’un dialogue politique est en cours pour négocier la paix après 30 ans de guerre.
Des centaines de milliers de personnes ont écouté, sur l’immense terrain vague qui accueillait les fêtes de Newroz à Diyarbakır ou en direct à la télévision, l’appel au cessez-le-feu d’Abdullah Öcalan. Une lettre de cinq pages, écrite depuis l’île-prison d'İmralı où il purge une peine à vie, lue en kurde puis en turc par deux députés du Parti de la paix et de la démocratie (BDP).
“Nous sommes arrivés à un point où les idées, et non les armes, doivent parler”, affirme le chef du PKK dès les premières lignes. Abdullah Öcalan appelle non seulement les armes à se taire mais aussi ceux qui les portent à quitter la Turquie. “Une nouvelle ère commence (…) Ce n’est pas l’arrêt de la lutte, mais le début d’une nouvelle lutte”, d’un “processus politique démocratique”, écrit-il encore.
A Diyarbakır hier (photo BDP Merkez, Facebook)
Cette lettre était attendue, connue du gouvernement turc qui l’avait lue la veille. Dévoilée ce 21 mars, jour du nouvel an kurde, au cours de célébrations autorisées par les autorités, elle ravive les espoirs de paix dans une pays endeuillé par trente années de guerre. Elle intervient trois mois à peine après le début de pourparlers – inédits car directs et médiatisés – entre le gouvernement turc et le leader du PKK.
Erdoğan: “Un développement positif”
“Ce n’est pas la première fois qu’Abdullah Öcalan appelle à un cessez-le-feu”, rappelle Deniz Zeyrek. Ce journaliste du quotidien Radikal, présent hier à Diyarbakır, cite notamment la trêve de 1999, l’année de l’arrestation d’Abdullah Öcalan. “Mais pour la première fois”, poursuit-il “Öcalan délivre un message susceptible d’être entendu par une large part de la population, et non plus seulement par le PKK ou le BDP. Il n’a pas parlé, par exemple, d’Etat kurde, de fédération ni même d’autonomie.”
Autant de mots qui auraient fait bondir une large part de la société turque. En l’état, la lettre d’Abdullah Öcalan a provoqué la colère des députés du parti ultranationaliste MHP, opposés aux pourparlers avec le “chef terroriste”. Hier à l’Assemblée, ils ont accroché sur leurs sièges des cartes de la Turquie frappées du drapeau turc.
Le gouvernement, en revanche, est apparu satisfait. Le ministre de l’Intérieur, Muammer Güler, a salué “un langage de paix” tandis que le Premier ministre Recep Tayyip Erdoğan qualifiait la déclaration de “développement positif”.L’atmosphère en Turquie et dans la région changeront à partir du moment où ces messages seront effectivement mis en pratique. (Les militants du PKK) doivent quitter notre pays et dès lors qu’ils le feront, nos forces armées n’auront plus le luxe de mener des opérations” a ajouté le chef du gouvernement, avant de dénoncer l’absence de drapeaux turcs à la manifestation de Diyarbakır.
Le début d'un processus
Prudence de chaque côté, donc, car l’appel au cessez-le-feu et au retrait des combattants du PKK n’est qu’une première étape du “processus de paix” ou “processus de solution”, comme on le nomme ici. Son objectif ultime – l’abandon définitif des armes par l’organisation d’ici fin 2013, d’après Deniz Zeyrek – dépendra aussi de l’adoption de réformes pour développer les droits de la minorité kurde, un sujet sur lequel le gouvernement n’a pas encore fait de déclaration officielle.
Plusieurs questions restent en suspens, de la définition de la citoyenneté dans une nouvelle Constitution à la question de l’éducation en langue maternelle, en passant par le sort des combattants du PKK – Ankara se refuse à toute amnistie générale – et d’Abdullah Öcalan lui-même. “Liberté pour Öcalan” et ‘Un statut pour les Kurdes” étaient d'ailleurs les mots d'ordre des célébrations de Newroz à Diyarbakır.
“Ce qui compte désormais, c’est de savoir comment et où les militants (du PKK) vont déposer les armes, et quels pas le gouvernement et l’opposition vont accomplir”, commente Murat Yetkin, éditorialiste au quotidien anglophone Hürriyet Daily News. “Mais un seuil important, un seuil psychologique semble avoir été franchi aujourd’hui”, ajoute-t-il.
“Les semaines et les mois qui viennent vont être d’une importance capitale”, renchérit le journaliste Deniz Zeyrek, qui met en garde contre un nouvel échec. Une telle hypothèse pourrait ouvrir la voie à des “lendemains encore plus meurtriers”, dit-il, en raison des attentes suscitées et de l’implication des différents acteurs.
Le commandement militaire du PKK en Irak du Nord se serait pour l'heure engagé à déposer les armes, rapportait hier soir l'agence de presse prokurde Fırat News.
Anne Andlauer (http:/www.lepetitjournal.com/istanbul) vendredi 22 mars 2013

jeudi 21 mars 2013

TURQUIE:Diyarbakır se prépare à célébrer un Newroz “historique”


Istanbul accueillait dimanche dernier le Newroz à Kazlıçeşme. Au tour de Diyarbakır, la plus grand ville du sud-est, de célébrer ce festival en ce premier jour de printemps. Le Newroz, du persan “nouveau jour”, est fêté chaque année le 21 mars dans les régions d’Asie Centrale, Caucase, Asie du Sud et dans les Balkans. Selon la légende kurde, cette journée commémore la libération du peuple d’un tyran. Si, en Turquie, cette célébration prend généralement une tournure politique liée à l’identité kurde, elle promet cette année d’être historique.
Abdullah Öcalan, le leader emprisonné du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan), devrait en effet y lancer par le biais d'une lettre lue en turc et en kurde un “appel historique” et annoncer un cessez-le-feu dans le cadre des discussions de paix menées ces trois derniers mois avec le gouvernement turc. “Cette initiative devrait être suivie par un retrait des combattants du PKK du territoire turc d’ici au 16 juin, tout au moins si l’on en croit la feuille de route qui avait été révélée après la seconde visite parlementaire sur l’île d’İmralı”, rappelle Jean Marcou sur le site de l’OVIPOT (Observatoire de la vie politique turque).
Quelques milliers de personnes sont attendues à Diyarbakır et le gouvernement – de même que le Parti pour la paix et la démocratie (BDP) – annonce avoir pris des mesures pour prévenir les débordements des années précédentes.
Fanny Fontan (http://www.lepetitjournal.com/istanbul) jeudi 21 mars 2013

mercredi 30 janvier 2013

Le PKK se préparerait à déclarer une trêve


Le quotidien Hürriyet a publié hier ce qu’il présente comme les grandes lignes d'un accord conclu entre les autorités turques et le chef emprisonné du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), Abdullah Öcalan. Selon les termes de cet accord, qu’aucune des deux parties n’a encore confirmé, le PKK devrait annoncer un cessez-le-feu en février, après un appel “officiel” d’Öcalan en ce sens.
A l’arrivée du printemps, période de l’année à laquelle les combats reprennent en général, un groupe de 100 membres du PKK devrait déposer les armes et quitter la Turquie, en signe de “confiance” aux pourparlers en cours. Des officiels du renseignement turc (MIT) devraient par ailleurs se rendre dans les prochains jours dans le nord de l’Irak, où se trouve le commandement militaire de l’organisation, pour préciser les conditions de la trêve.
Depuis plusieurs semaines, le PKK et le gouvernement turc conduisent officiellement des négociations visant à mettre un terme à près de 30 ans d’hostilités.
Anne Andlauer (http://www.lepetitjournal.com/istanbul) mercredi 30 janvier 2013

vendredi 11 janvier 2013

PAR QUI ? POURQUOI ?– Les réactions au meurtre de trois activistes kurdes à Paris


Le meurtre par balle de trois femmes dans les bureaux du Centre d'information kurde de Paris a dominé l’actualité hier, en France et en Turquie. Ce triple assassinat intervient au moment où le PKK et le gouvernement turc discutent d’une éventuelle issue à près de 30 ans d’hostilités. Depuis hier, chacun y va de son interprétation, même si beaucoup refusent d’y voir une simple coïncidence.
L’une des victimes, Sakine Cansız, avait contribué à la fondation du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) en 1978 aux côtés d’Abdullah Öcalan, son leader historique emprisonné depuis 14 ans. Fidan Doğan est présentée dans les médias comme la représentante en France du Congrès national du Kurdistan (KNK) et Leyla Söylemez comme une jeune activiste kurde. Leurs corps ont été retrouvés dans la nuit de mercredi à jeudi au Centre d'information kurde, dans le 10ème arrondissement de Paris.
“Les brigades de l'anti-terrorisme et de l'anti-criminalité sont mobilisées pour faire toute la lumière sur cet acte tout à fait insupportable”, a assuré Manuel Valls, ministre de l’Intérieur, lors d’une visite au centre hier. Les activistes ont “sans doute été exécutées”, a commenté le ministre alors que la préfecture de police, citée par les agences, se montrait très prudente : “Il s'agit d'un triple homicide, c'est certain, mais il est beaucoup trop tôt pour dire s'il s'agit d'un éventuel règlement de comptes lié à la mouvance kurde ou bien s'il s'agit de tout autre chose." Le président François Hollande a qualifié d"horrible" l'assassinat des trois femmes, précisant avoir connu l'une d'elles.
Tentative de “sabotage”
Par qui et surtout pourquoi Sakine Cansız, Fidan Doğan et Leyla Söylemez ont-elles été assassinées ? Alors que l’enquête en France ne fait que commencer, responsables turcs mais aussi représentants politiques et associatifs kurdes pointent du doigt le même contexte, sans en tirer toutefois les mêmes conclusions. Beaucoup évoquent une tentative de “sabotage” du dialogue amorcé entre le gouvernement turc et le chef du PKK pour un règlement pacifique de la question kurde. Malgré les pourparlers en cours, lundi soir encore, quatorze combattants du PKK et un soldat turc avaient trouvé la mort dans des combats dans la province de Hakkari.
“Cela peut être un règlement de comptes interne”, s’est avancé Recep Tayyip Erdoğan, réagissant au meurtre des trois militantes kurdes. Le Premier ministre a aussi évoqué “une provocation de grande envergure” de la part de “ceux qui ne souhaitent pas” voir émerger une solution au conflit. Plus tôt dans la journée, le vice-président du Parti de la justice et du développement (AKP), Hüseyin Çelik, avait estimé qu’au vu du “mode opératoire, cela ressemble davantage à un règlement de comptes au sein du PKK.”
Des conclusions rejetées par le co-président du BDP (Parti de la paix et de la démocratie, pro-kurde), Selahattin Demirtaş. “Comment savoir si ceux qui font ces déclarations n’ont pas eux-mêmes planifié ce massacre”, écrit-il sur son compte twitter, accusant l’AKP de vouloir “clore le sujet” en attribuant ces trois morts à la dissidence – bien réelle – au sein du PKK. Selahattin Demirtaş et Gültan Kışanak, l'autre présidente du parti, ont annoncé se rendre en France pour assister aux obsèques.
“Un dangereux précédent”
Les pistes sont donc plurielles et la multiplication des déclarations, côté turc, contribue à la confusion. Parmi les quelque 200 personnes rassemblées hier devant le Centre d'information kurde à Paris, des manifestants accusaient le gouvernement turc, ses services secrets ou ceux d’autres pays. Pour eux, aucun doute, il s'agit d'un “assassinat politique”.
“Je ne pense pas qu’il s’agisse d’un acte commis par l’Etat profond”, estimait pourtant le journaliste Taha Akyol sur la chaîne de télévision CNN Türk, citant plutôt une exécution en interne ou encore, sans trop sembler y croire, “un acte planifié depuis des mois”, sans rapport avec le processus de négociations en cours.
“Il est clair qu’il s’agit d’un complot visant directement Öcalan, quel qu’en soit l’auteur”, interprétait quant à lui le journaliste Avni Özgürel, du quotidien Radikal. Kadri Gürsel dans Milliyet pense lui aussi que quel que soit l’auteur ou les auteurs, “le but de ces meurtres est de remettre en cause les négociations dans l’opinion publique kurde et les rangs du mouvement kurde, de créer une insécurité, de compliquer le processus et au final de porter un coup aux espoirs de paix.”
Dans un communiqué, l’Institut kurde de Paris appelle les autorités françaises à faire la lumière sur ce triple meurtre “qui crée un dangereux précédent et qui inquiète fortement la communauté kurde de France”. Des associations kurdes ont lancé un appel à manifester samedi à midi, place de la Bastille à Paris.
Anne Andlauer (www.lepetitjournal.com/istanbul) vendredi 11 janvier 2013

mardi 20 novembre 2012

Öcalan met fin à la grève de la faim des détenus kurdes


Les prisonniers kurdes en grève de la faim, certains depuis 68 jours, ont cessé leur action dimanche. Abdullah Öcalan, le chef historique du PKK emprisonné sur l’île d’Imralı, avait envoyé la veille un message à ses partisans pour qu’ils cessent leur protestation. "Cette action a atteint son objectif. Je veux qu'ils y mettent fin sans tarder et sans aucune hésitation", réclamait le leader dans le document publié samedi par son frère Mehmet. Le vice-Premier ministre, Bülent Arınç, a exprimé sa satisfaction quant à l’arrêt de ce mouvement qui mettait en péril la vie des prisonniers.
Les députés du Parti pour la paix et la démocratie (BDP) ont également organisé une conférence de presse dimanche pour annoncer la fin de la grève. "Les grévistes ont cessé leur mouvement depuis ce matin. Certains d'entre eux seront hospitalisés", a déclaré Gülten Kışanak, la co-présidente du parti.
Pour tenter d’enrayer cette vague de protestation, l’AKP a déposé la semaine dernière un projet de loi autorisant les détenus à se défendre dans leur langue maternelle devant les tribunaux, en l’occurrence en kurde. Ce projet devrait être voté cette semaine par le Parlement turc. Par ailleurs, le ministre de la Justice Sadullah Ergin a annoncé ce lundi la possible ouverture prochaine de discussions entre Ankara et le PKK, rapporte l’agence de presse Reuters.
Fanny Fontan (http://www.lepetitjournal.com/istanbul.html) mardi 20 novembre 2012