mardi 19 février 2013

ISTANBUL: LA PASSERELLE – L’association des familles franco-turques se renouvelle


Basée à Istanbul, La Passerelle accueille des familles franco-turques depuis près de 20 ans. Cette association destinée à l’intégration de ces familles en Turquie voit évoluer l’immigration. Face à ces changements, Florence Öğütgen-Heilbronn, la présidente, et Benoit Gilles, le secrétaire, expliquent au petitjournal.com leur désir d’évolution.
Lepetitjournal.com d’Istanbul : Pouvez-vous présenter votre association et son histoire?
Florence Öğütgen-Heilbronn (avec Benoit Gilles, photo LM): Nous avons créée l’association en 1994. Nous étions six femmes, six copines. A l’époque, la communauté franco-turque n’était pas très présente et surtout pas très constituée. Nous voulions lui donner une identité. Il y a avait une communauté d’expatriés mais leurs regards sur ces Français, venus rejoindre leurs conjoints, n’étaient pas forcément positifs. Je voulais faire le lien entre ces deux groupes. Notre souhait était que les Franco-Turcs se sentent bien et aient conscience de leur richesse biculturelle. Ca a bien marché. Je suis quelqu’un d’assez sociable et j’ai beaucoup parlé de la Passerelle aux hommes d’affaires français. Ils se sont rendus compte que les Franco-Turcs étaient des gens qui disposaient à la fois de la culture française et de la langue turque. Il était plus facile pour eux d’embaucher ces Français dans leurs sociétés plutôt qu’un Turc qui parle français, pour une question de culture. La Passerelle est donc un peu devenu le centre de recrutement de ces entreprises. Les expatriés se sont rendus compte de l’intérêt économique et social de l’association.
Quelles sont les évolutions qui vous ont poussés à vous transformer ?
Lorsque ma génération a été bien implantée, on est devenu une association plus conviviale, avec des activités. D’abord parce qu’il y a eu internet. Les gens n’avaient plus besoin de passer par nous pour avoir les informations administratives. Nous étions alors vidés de notre motivation de départ qui était d’informer les gens. On a un peu changé d’optique et on est devenu davantage un groupe d’amis. Nous donnions un peu moins d’informations et nous faisions plus d’activités. Aujourd’hui, on est face à une troisième évolution. Nous faisons un “mix” entre les deux.
Trois étapes qui correspondent à trois vagues d’immigration ?
Dans les années 80-90, beaucoup de Franco-Turcs sont arrivés. Il s’agissait essentiellement de femmes qui rejoignaient leurs compagnons. Puis l’immigration a changé. Il y a eu un gros arrivage de Turcs de France. On s’est adapté à ça. Les Turcs qui reviennent en Turquie ne connaissent pas ce pays et ont un besoin de France. Mais ce ne sont pas forcément des gens très associatifs. Ils prennent mais ne donnent pas. Aujourd’hui, nous sommes face à une nouvelle immigration avec de plus en plus d’hommes. La société française a évolué et ce ne sont plus forcément les femmes qui suivent leurs maris. Cela risque encore de se développer avec le phénomène Erasmus.
Comment comptez-vous vous adapter à cette nouvelle immigration ?
On s’est rendu compte que l’association vieillissait dans la composition de ses membres. On a voulu renouveler le bureau et on a intégré des jeunes, notamment Benoit. Ils ont cette énergie que nous n’avons pas forcément et surtout, ils n’ont pas le même regard que nous, parce qu’ils arrivent et découvrent le pays. Moi par exemple, je ne peux plus expliquer comment s’intégrer parce que je suis intégrée. Mais nous sommes là pour apporter l’expérience. Nous avons décidé de refaire toute une présentation de l’association et d’améliorer notre visibilité dans tous les endroits où les familles arrivent : consulat, écoles, associations… Nous souhaitons attirer de nouveaux membres, surtout des jeunes.
Il existe deux autres associations d’accueil des familles françaises à Istanbul, la concurrence n’est pas trop rude ?
Non parce que nous n’avons pas les mêmes objectifs. Dès le départ, je voulais que les gens se mélangent dans les trois associations. Istanbul Accueil est surtout faite pour les gens de passage, pour les femmes d’expatriés qui veulent découvrir la ville. L’Union française est plutôt une association de résidents qui organisent des week-ends de détente. Alors que la Passerelle est là pour aider les jeunes à s’intégrer et trouver du travail. Nous proposons des activités mais elles sont différentes et beaucoup moins nombreuses qu’Istanbul Accueil.
Quelles difficultés rencontrez-vous aujourd’hui?
Nous ne sommes pas une association mourante. Nous avons plus d’une centaine de membres. Le problème de la Passerelle, c’est que les gens travaillent. Nous n’avons pas beaucoup de gens disponibles. Nous avons même dû interrompre la publication de notre journal à cause de cela. Personne n’a le temps de s’en occuper et c’est vraiment dommage. D’ailleurs, nous lançons un appel à candidatures !
Concrètement, comment faire pour devenir membre de La Passerelle ?
Les statuts de l’association exigent que les membres soient des couples binationaux, franco-turcs. Mais nous sommes très ouverts. Il suffit de payer la cotisation de 50 TL par an pour devenir membre.
Lola Monset (http://www.lepetitjournal.com/istanbul) mardi 19 février 2013
Pour toute information : http://passerellefrancoturque.over-blog.com/

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