lundi 15 juillet 2013

Un nouveau week-end de tensions autour de la place Taksim

Samedi soir, les forces de police turques ont à nouveau utilisé la force pour disperser une foule de 500 manifestants qui essayaient de rejoindre la place Taksim. Les contestataires ont ensuite été pris à partie par des commerçants se disant excédés par un mois et demi de protestation.

Photo Twitter
Les week-ends se suivent et se ressemblent à Istanbul. Samedi soir, les forces de l'ordre sont une nouvelle fois intervenues pour disperser un groupe de manifestants qui tentaient de marcher sur la place Taksim.
Un peu plus tôt dans la journée, des mères de contestataires emprisonnés avaient entamé un sit-in devant le lycée de Galatasaray, pour demander au gouvernement de mettre un terme à ces détentions jugées "arbitraires". Puis vers 17h30, avec l'autorisation des autorités turques, plusieurs milliers de protestataires se sont rassemblés devant le lycée français et à proximité du quartier de Kızılay à Ankara, à l'appel de la TMMOB (l'Union des chambres d'architectes et d'ingénieurs turcs). Des manifestations ont également agité Hatay, dans le sud du pays, à la frontière syrienne.
La TMMOB, dont plusieurs membres ont activement pris part au mouvement de la place Taksim, entendait protester contre le texte de loi, voté par le Parlement dans la nuit de mardi à mercredi, qui écarte les chambres professionnelles des futurs projets d'aménagement urbain. L'un de ses porte-parole a dénoncé samedi une décision politique visant à réduire au silence les voix discordantes."Ils ne veulent pas de nous parce que nous sommes opposés à la construction d'un troisième pont, et parce que nous avons dit 'non' à Kanal Istanbul", a-t-il déclaré devant la foule de personnes réunie samedi devant le lycée de Galatasaray.
La situation a dégénéré lorsqu'une foule d'environ 500 manifestants a commencé à remonter l'avenue İstiklal afin de se rendre sur la place Taksim. Les forces de l'ordre ont alors usé de gaz lacrymogènes, de canons à eau et de billes en plastique pour repousser le cortège.
Des commerçants "excédés"
Alors que les contestataires fuyaient la police par les petites rues bordant l'avenue İstiklal, ils ont été pris à partie par plusieurs commerçants, se disant excédés par les retombées financières négatives d'un mois et demi de contestation. Ces derniers, armés de bâtons, ont également menacé les journalistes présents sur place qui étaient en train de filmer ou de photographier la scène.
Ce n'est pas la première fois que la rancœur de certains commerçants se matérialise par des actes de violence. La semaine dernière, les images d'un homme attaquant des passants, une machette à la main, avaient fait le tour du web.
Jonathan Grimmer (http://www.lepetitjournal.com/Istanbul) lundi 15 juillet 2013

dimanche 14 juillet 2013

17 au 19 août: conférence solar energy for peace à Istanbul

La conférence
"Solar energy for peace"
ENERGIE SOLAIRE POUR LA PAIX
http://solar4peace.org
aura lieu
du 17 au 19 août 2013 à Istanbul
Je vous remercie d'avance de faire suivre ce message positif.
Si nous assumons nos responsabilités aujourd'hui,
nos enfants pourront boire de l'eau, quand ils auront soif, dans les années 2070 …
Merci !
Berna

vendredi 12 juillet 2013

#OCCUPYGEZI – 19 personnes condamnées pour avoir fait du bruit avec leur casserole

Lundi, la Fondation des droits de l'Homme de Turquie a rendu un rapport dans lequel elle affirme que 3.482 manifestants ont été interpellés à travers le pays au cours des trois semaines de contestation, et que 101 ont été placés en état d'arrestation pour des motifs tels que "appartenance à une organisation illégale", "dégradation de bien", "pillage d'une mosquée", ou "possession d'arme à feu".

Dix-neuf personnes auraient également été condamnées à payer une amende pour avoir tambouriné sur leur casserole en guise de protestation. Dix d'entre elles devront payer la somme de 88 livres turques (36 euros), et neuf autres, des étudiants, devront s'acquitter d'une amende beaucoup onéreuse : 1000 livres turques (400 euros).
Enfin, la Fondation des droits de l'homme souligne dans son compte-rendu que les quatre individus qui avaient attaqué des manifestants à la machette samedi 6 juillet – des images qui avaient fait le tour du web – avait été immédiatement relâchés après leur interpellation. Alors que dans le même temps, 59 contestataires arrêtés ce soir là avaient été maintenus en garde à vue, et ce en dépit du fait que nombre d'entre eux étaient blessés.
Jonathan Grimmer (http://www.lepetitjournal.com/Istanbul) vendredi 12 juillet 2013

Être musicien à Istanbul

Ville d'histoire et de culture, Istanbul est le centre musical de la Turquie. Qui, en s'y rendant, n'a pas eu le plaisir d'entendre un air de bağlama (guitare longue) ou de kanun (cithare sur table) s'élever au coin de la rue, ou bien profité des mélodies de sa vie nocturne ? Ville de musique, Istanbul est également celle des musiciens. Nous avons été à la rencontre de quelques-uns d'entre eux.
Tous s'accordent sur le nombre très important de musiciens sur les bords du Bosphore, ainsi que sur la diversité de leur parcours. Can, 28 ans, joue et enseigne la batterie. Il a appris par lui-même, tout en étudiant l'économie. Maintenant il loue un studio, espace indispensable pour donner ses cours. "Beaucoup de musiciens sont en même temps professeurs, de façon régulière ou par intermittence, afin de pouvoir gagner leur vie. Cela est surtout le cas pour des instruments nécessitant peu de matériel, comme la guitare." Si vous lui demandez s'il ne regrette pas de ne pas avoir étudié dans un conservatoire, la réponse est catégorique: "En Turquie, le système d'éducation des arts musicaux n'a pas évolué. Ils ne font qu'étudier la musique classique, pas le rock ou des airs folkloriques."
Eser, 29 ans, joue du trombone dans quatre groupes depuis 2008. Il a étudié au conservatoire d'Istanbul à l'Université Mimar Sinan. Son expérience confirme l'opinion de Can : "Il y a peu de libertés dans les écoles de musique, et pas assez d'espace laissé à la création ou à des styles alternatifs." Aujourd'hui, Eser joue surtout dans des bars et des festivals. Il dit préférer ces derniers : "Les scènes sont plus grandes et la technique mise à notre disposition nous permet de vraiment donner le maximum. Mais ce n'est pas facile d'avoir accès aux festivals, il faut avoir un bon niveau. Et les rivalités sont très fortes en Turquie, plus que dans les autres pays je crois. Tout le monde a besoin d'argent pour vivre, mais cela fait perdre toute notion de respect entre musiciens."
Différences culturelles
Jack (photo de droite), 29 ans, a sur ces questions un regard de yabancı (étranger). Contrebassiste et jouant de divers autres instruments à cordes, il a rejoint la communauté des musiciens stambouliotes il y a deux ans et demi. Pour lui, ce milieu est surtout marqué par les rencontres : "Dans les bars de Taksim où je joue le soir, il y a beaucoup d'échanges. Mes amis turcs ont appris des chansons de swing de la Nouvelle-Orléans par le biais de voyageurs de Berlin, moi-même j'ai découvert tout un répertoire de chansons pour les mariages turcs, les groupes s'entremêlent. En général tout le monde parle un minimum d'anglais. Ce n'est pas rare de voir quatre ou cinq nationalités différentes dans une formation."
Les musiciens turcs peuvent être critiques de leur public. Fırat, 26 ans et joueur entre autres de saxophone dans six groupes différents, l'explique par des raisons culturelles : "En Europe, les gens écoutent véritablement la musique. En Turquie, ce n'est souvent qu'un outil pour la danse ou les cérémonies." Can cite à ce propos son expérience de concerts dans des bars : "Nous écrivons nos chansons et nos mélodies. Mais les gens ne viennent pas pour les écouter. Ils veulent que nous reprenions des tubes connus, la plupart en anglais, pour pouvoir danser dessus. Les seuls qui voudraient connaître ce que nous faisons ce sont les touristes, pas les Turcs." De façon plus générale, explique Fırat, "être musicien est difficile en Turquie car les gens vous voient comme anormal. Vous ne pouvez pas être un bon mari car vous rentrez tard le soir à cause des concerts, et votre revenu n'est pas régulier."
Le regard de l'État sur la musique
Les différences ne sont pas uniquement culturelles. Du point de vue de Jack, une importante différence réside dans le statut accordé au musicien de la part de l'État : "Ici, il n'y a pas de RSA, pas d'allocation au logement ou de statut d'intermittent du spectacle. Pour survivre, les musiciens doivent travailler tous les jours de la semaine, et pas seulement le week-end comme en France. Heureusement, Istanbul a une importante culture de la fête, de la danse et les bars veulent des groupes six jours par semaine. De plus, nous n'avons aucune contrainte légale par rapport aux droits d'auteurs. Si ça nous prend de vouloir jouer une reprise de Manu Chao ou de Kusturica, on peut le faire sans craindre d'être embêtés."
Il est vrai que les régulations pesant sur les musiciens en Turquie sont minimes. "Nous sommes autorisés à jouer ce qu'on veut et comme veut, jusqu'à trois heures du matin, c'est la seule règle. Et ce n'est pas la police mais les Zabıta (policiers municipaux, ndlr) qui s'en chargent", explique Can (photo de gauche). En revanche, l'État fait preuve d'un désintérêt comparable sur le plan des financements : pour Can, "l'AKP pense que la religion et l'économie sont plus importants que l'art." Récemment le Premier ministre Recep Tayyip Erdoğan a déclaré vouloir contrôler les pièces financées par le gouvernement et s'interrogeait à propos des investissements publics dans la culture. Du point de vue de Fırat, cela démontre que "nos dirigeants voient les arts comme un enjeu moral et un investissement économique. Bien sûr il n'est pas assez rentable. Le résultat en est qu'à la fin des années 2000 par exemple, suite aux coupes dans les budgets accordés aux orchestres, ces derniers en viennent à demander l'aide de sponsors."
Ailleurs en Turquie
La plupart des musiciens se sont montrés solidaires du mouvement de contestation des dernières semaines, et ce en dépit des nombreux concerts annulés à Beyoğlu. "Ça a été formidable, relate Jack, nous avons joué dans le parc à plusieurs reprises sur la scène près de la fontaine. Certains soirs personne ne jouait, en signe de solidarité avec ce qui arrivait dans d'autres villes, surtout à Ankara."
Les autres villes ? Incontestablement, c'est sur les bords du Bosphore que l'on trouve la plus grande affluence de musiciens en Turquie. Le public, les structures sont là, et la tradition artistique d'Istanbul poussent à cette concentration. Elle est toutefois relative, comme le relève Jack : "Il y a beaucoup de musique sur la côte l'été, de nombreux musiciens d'Istanbul descendent jouer a Kaş, Olympos, Bodrum, Çeşme..." Toutefois, rappelle Can, “en dehors des plus grandes villes du pays – Istanbul, Ankara, Izmir – et Eskişehir, qui a un héritage musical à part, peu de musiciens se produisent en Turquie. C'est surtout vrai dans l'est, où le gouvernement devrait aider à l'épanouissement des arts en ouvrant des lieux de spectacles et des écoles."
Joseph Richard (http://lepetitjournal.com/istanbul) vendredi 12 juillet 2013

FESTIVAL – Antalya, le paradis des professionnels du château de sable

Le septième festival international de sculptures de sable d’Antalya (SANDLAND), organisé par Global Design Art Works, a commencé le 1er juin dernier et continuera à éblouir les grands comme les petits jusqu’au 15 novembre prochain.
Les plages de Lara, dans la ville d’Antalya, se sont transformées en immense terrain de jeu pour les passionnés de construction de châteaux de sable. SANDLAND est reconnu dans le monde entier comme l'un des plus grands événements de la sorte. La taille de ses sculptures de sable n’est égalée nulle part ailleurs. En tout, plus de dix mille tonnes de sable ont été utilisées pour donner vie à cet événement hors du commun et les oeuvres d’art recouvrent une surface de sept mille mètres carrés.
Des milliers de personnes franchissent chaque année la porte du parc, où sont dressées les reconstitutions de chacun des plus beaux monuments jamais réalisés. Le thème des “empires” est à l’honneur cette année. Ce tour du monde accéléré est le résultat de plusieurs semaines de travail par une équipe internationale de sculpteurs de sable. Mais ils ne sont pas les seules stars du festival : un espace est exclusivement réservé aux visiteurs et à leur imagination. Un documentaire sur les coulisses du festival est aussi diffusé tous les soirs de 20h30 à 23h pour informer les plus curieux des vacanciers.
La réalisation de sculptures de sable est un art technique, qui implique la maîtrise de deux éléments naturels : l’eau et le sable. Comme un artiste peintre, le sculpteur doit utiliser du matériel adapté à son projet. Les conditions météorologiques doivent également être prise en compte afin d’assurer la conservation des oeuvres de sable. C’est oeuvres temporelles peuvent avoir une durée d’existence de quelques mois voir d’une année. Mais elle reste avant tout le passe-temps favoris des enfants à la plage !

Elisa Girard (http://lepetitjournal.com/istanbul.html) vendredi 11 juillet 2013
SANDLAND
à Antalya entre Örnekköy et Kundu
Quartier de Güzeloba - Parc des plage de Lara entre la 9eme et la 10eme plage
07260 Lara - ENTAILLA
téléphone : +90 242 349 11 55
Email : info@larasandland.comsite internet : http://www.larasandland.com/ing/index.html

jeudi 11 juillet 2013

Les fouilles du Musée archéologique d’Istanbul à Tophane

Le 8 juillet 2013 j’ai visité les fouilles effectuées par le Musée archéologique d’Istanbul à Tophane. Les travaux sont conduits dans un terrain vague de forme rectangulaire allongée et en forte pente, situé le long de l’avenue Meclis-i Mebusan du côté ouest. Jusqu’aujourd’hui seul a pu être fouillé un secteur correspondant en gros à 1/3 du terrain à l’extrémité nord. Selon les archéologues responsables le reste sera fouillé une fois que les problèmes statiques créés par le haut mur de terrasse qui domine le terrain du côté ouest seront résolus.
Emplacement des fouilles (d'après Müller-Wiener 2001)
Emplacement des fouilles (d’après Müller-Wiener 2001)
Dans la partie fouillée sont apparus les vestiges en assez bon état d’un grand bâtiment que les fouilleurs datent des 6e-7e s. ap. J.-C. d’après sa technique de construction et le matériel recueilli sur les sols. La présence d’un praefurnium assez bien conservé, les diverses canalisations et tubulures que l’on voit par endroits sous le revêtement de sol, de même que l’existence de quelques bassins rectangulaires pourraient indiquer que ces espaces dallés de marbre et dont les murs étaient revêtus de plaques de marbre blanc -du moins dans leur partie basse conservée-, appartenaient à un édifice thermal. Il ne serait pas faux de dire que ces thermes faisaient partie d’un complexe plus vaste à caractère séculaire (hôtel particulier ou palais) ou sacré (monastère), car au sud, des vestiges de murs et de voûtes qui présentent une technique de construction similaire et qui donc pourraient appartenir au même complexe sont visibles en surface dans le secteur non encore fouillé. On constate que ces vestiges ont servi par endroits de fondation aux murs de l’École de manufacture militaire (İmalat-ı Harbiye Mektebi) dont la reconstruction à l’identique est à l’ordre du jour.
Une autre découverte remarquable est constituée par un grand sarcophage byzantin de marbre blanc, incorporé dans l’un des murs de l’édifice thermal situé du côté de la pente et qui donc servait aussi comme mur de terrasse. Le sarcophage n’a apparemment pas été déplacé au moment de la construction des thermes. Il a été au contraire délibérément laissé en place et incorporé dans le mur de terrasse, son poids considérable pouvant aider à contrecarrer la poussée latérale des terres en haut de la pente.
Vue des vestiges dans les années 70 (Eyice 1976: Fig. 5)
Vue des vestiges dans les années 70 (Eyice 1976: Fig. 5)
Les restes mis au jour dans le tiers fouillé du terrain ainsi que les ruines visibles en surface dans le secteur non encore fouillé montrent que l’emplacement de l’École de manufacture militaire, bâtiment ottoman détruit au milieu du siècle dernier dont la reconstruction à l’identique est projetée par l’Université des Beaux-Arts Mimar Sinan, est occupé dans sa totalité par d’importants vestiges datant de l’époque byzantine, comme le soulignait déjà Semavi Eyice dans les années 70 (Bizans Devrinde Boğaziçi, Istanbul 1976. pp. 19-20). Il est donc certain que la reconstruction de cet édifice entraînera la destruction totale ou partielle de ces vestiges archéologiques. Par ailleurs il faut dire que le manque de documentation (plans, relevés ou photos) ne permettra jamais une reconstruction à l’identique de ce bâtiment ottoman : le résultat ainsi obtenu sera forcément en grande partie le fruit de l’imagination des architectes contemporains. De plus, comme cet édifice détruit empiétait en grand partie sur l’avenue moderne attenante – il a été en fait démoli pour élargir celle-ci -, il est pratiquement impossible de le reconstruire dans sa totalité.

VISAS SCHENGEN – Bientôt un déblocage des négociations?

Mardi 9 juillet, le commissaire européen à l'Élargissement Stefan Füle a publié ce message sur son compte Twitter : "A Istanbul en route pour la Géorgie. Espère être bientôt de retour pour le lancement du dialogue sur les visas et l'accord de réadmission."
Cette déclaration fait suite à des propos du ministre turc en charge des négociations avec l'UE, Egemen Bağış, cités dans le Hürriyet Daily News. Le ministre annonçait la prochaine visite en Turquie de la commissaire en charge des Affaires intérieures, Cecilia Malmström, afin de signer l'accord de réadmission des migrants rentrés illégalement sur le territoire de l'UE via la Turquie. Ankara attend en retour que Bruxelles libéralise, et à terme supprime, le régime de visas auquel les citoyens turcs doivent se soumettre pour se rendre dans l'espace Schengen. Pour Egemen Bağış, cette question est de première importance :"Finaliser le dialogue sur les visas est même plus important qu'ouvrir un chapitre de négociation."
Négocier un accord avec un pays-candidat
Le sujet n'est pas nouveau. Les termes d'un accord de réadmission avaient été trouvés en 2011. Mais la Turquie avait demandé à ce que sa signature soit liée à la libéralisation du régime des visas pour ses citoyens. La Commission européenne avait spécifié en novembre 2012 les domaines dans lesquels le gouvernement turc devrait modifier sa législation afin de parvenir à ce but. Dans notre édition du 8 avril 2013, nous relevions le renforcement des droits des migrants illégaux en Turquie, salué par Stefan Füle et Cecilia Malmström.
Les autorités turques semblent disposées à poursuivre les négociations sur les questions des migrants et des visas, à condition que les deux soient menées ensemble. Depuis l'an dernier, elles montrent leur agacement quant à la lenteur des progrès réalisés. En avril 2013, le président Abdullah Gül déclarait à l'agence Anadolu : "Il s’agit d’une lacune pour l’UE de ne pas signer un accord d’exemption de visas avec une grande économie comme la Turquie quand on le signe avec le Brésil, qui est un pays d’Amérique latine, et avec les pays qui n’ont pas encore entamé les négociations d’adhésion."Cela est le cas de la Russie, l'Ukraine, la Moldavie et la Géorgie.
Aucun problème économique
Le président turc a rappelé que son pays est membre d'une Union douanière depuis 1996. Après la libre-circulation des marchandises, un accord de libéralisation des visas pour les particuliers ne poserait selon Ankara aucun problème économique à l'UE. "Certains prétendent que si les Turcs n’ont plus besoin de visas, ils se précipiteront vers l’Europe et les emplois des Européens. La Turquiea fait de gros progrès pour combattre le chômage, qui s’établit aujourd’hui à 9%, c’est-à-dire un taux proche voire inférieur à ce qu’on observe ailleurs en Europe", assurait Ziya Müezzinoğlu, ancien ambassadeur et ministre, président de la Fondation Turquie-Europe, dans une récente interview au petitjournal.com d’Istanbul.
Le ministre Egemen Bağış qualifiait quant à lui en juillet 2012 l'hypothèse "d'absurde" : "Le scénario d’un exode de masse de Turcs se précipitant dans les pays de l’Union Européenne comme réfugiés économiques est absurde. Etant donné la croissance économique substantielle de la Turquie, il est plus probable d’assister au phénomène inverse (…) Nos touristes ne demandent pas des permis de travail ou des droits sociaux qui sont réservés aux nationaux de l’Union européenne."
Un nouveau chapitre de négociations, sur la politique régionale, devait être ouvert à la fin de la présidence irlandaise, en juin 2013. Il aurait été le premier depuis juin 2010. L'opposition de l'Allemagne, officiellement pour des raisons techniques mais également du fait de la gestion de la crise du Gezi Parkı, a repoussé cette ouverture à la fin 2013. Dans ce contexte, les négociations sur l'accord de réadmission des migrants et la libéralisation des visas seraient de nature à réchauffer les liens entre Bruxelles et Ankara.
Joseph Richard (http://lepetitjournal.com/istanbul) jeudi 11 juillet 2013