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vendredi 12 juillet 2013

#OCCUPYGEZI – 19 personnes condamnées pour avoir fait du bruit avec leur casserole

Lundi, la Fondation des droits de l'Homme de Turquie a rendu un rapport dans lequel elle affirme que 3.482 manifestants ont été interpellés à travers le pays au cours des trois semaines de contestation, et que 101 ont été placés en état d'arrestation pour des motifs tels que "appartenance à une organisation illégale", "dégradation de bien", "pillage d'une mosquée", ou "possession d'arme à feu".

Dix-neuf personnes auraient également été condamnées à payer une amende pour avoir tambouriné sur leur casserole en guise de protestation. Dix d'entre elles devront payer la somme de 88 livres turques (36 euros), et neuf autres, des étudiants, devront s'acquitter d'une amende beaucoup onéreuse : 1000 livres turques (400 euros).
Enfin, la Fondation des droits de l'homme souligne dans son compte-rendu que les quatre individus qui avaient attaqué des manifestants à la machette samedi 6 juillet – des images qui avaient fait le tour du web – avait été immédiatement relâchés après leur interpellation. Alors que dans le même temps, 59 contestataires arrêtés ce soir là avaient été maintenus en garde à vue, et ce en dépit du fait que nombre d'entre eux étaient blessés.
Jonathan Grimmer (http://www.lepetitjournal.com/Istanbul) vendredi 12 juillet 2013

lundi 8 juillet 2013

#OCCUPYGEZI – Les manifestants de retour à Taksim

En fin de semaine dernière, les opposants au projet ont salué l'annulation du projet de réaménagement de la place Taksim comme une victoire. Dans la foulée, ils ont annoncé vouloir reprendre le contrôle de “leur” parc samedi en fin d'après-midi. Les policiers antiémeute ont répondu à coups de gaz lacrymogènes et de canons à eau. Dimanche, des milliers de manifestants s'étaient donné rendez-vous sur l'autre rive, à Kadıköy.
A 17h samedi, une centaine de féministes entrent sur la place Taksim. D'un pas cadencé, le cortège arbore des pancartes “Fin aux abus de la police” et “L'AKP et la police, ennemis de la femme”. Le groupe est en avance. Le collectif d'associations Taksim Solidarité a appelé à se réunir sur la place à 19h pour “commémorer nos morts, leur rappeler nos revendications, et condamner la violence”.
L'entrée de la place Taksim samedi (Photo CC)
A peine arrivé en lisière de la place Taksim, le second défilé de manifestants se heurte à un imposant dispositif de policiers antiémeute. En moins d'une heure, les forces de l'ordre dispersent les 3.000 protestataires à coups de gaz lacrymogènes et de canons à eau. A 19h, à la place des manifestants attendus, les alentours du Monument de la République étaient uniquement peuplés de casques blancs, ceux de la police.
Après la première intervention des forces de l'ordre, les contestataires se sont immédiatement repliés vers l'avenue Istiklâl, scandant les chants devenus hymnes du mouvement: “Tayyip démissionne!” ou encore “Tous ensemble, contre le fascisme”. Gürsel Tekin, le président du groupe parlementaire du Parti du peuple républicain (CHP), principal parti d'opposition, s'est rendu sur place pour essayer de tempérer la situation, sans succès. Les tirs de gaz lacrymogènes ont résonné jusque tard dans la nuit dans les ruelles de Cihangir. A Ankara, plusieurs centaines de personnes ont exprimé leur soutien aux protestataires.
Attaque à la machette
Samedi, une vidéo, circulant sur le web et rapportée par l'agence de presse Doğan, montrait des individus munis de machettes à la poursuite des manifestants le soir même, près de Talimhane. Dimanche, le gouverneur d'Istanbul Hüseyin Avni Mutlu a annoncé via Twitter que deux personnes avaient été arrêtées suite à ces violences. Mais quatre de ces “hommes à machette” auraient été relachés. Les autorités n'ont fait pour l'instant aucune déclaration sur le sujet.
En marge de la manifestation à Taksim, 30 Stambouliotes auraient été emmenés en garde à vue d'après le quotidien Radikal, parmi lesquels le photographe italien Mattia Cacciatori. Le Hürriyet Daily News fait état de 15 arrestations dans tout le pays. D'après l'Agence de presse Anatolie (AA), le ministre de l'Intérieur Muammer Güler a qualifié cette nouvelle intervention policière de naturelle”, dénonçant le caractère “illégal” des manifestations sur la place Taksim. Le nombre de blessés est pour l'instant inconnu.
Kadıköy, nouvel épicentre des manifestations ?
Dimanche, de l'autre côté du Bosphore, une ambiance plus festive mais tout aussi engagée a envahi la rive asiatique. Annoncé depuis une semaine, le festival “Gazdanadam” (l'homme du gaz, ndlr) a réuni plusieurs milliers de personnes. Sous les coups de sifflets, le public a assisté à de nombreuses performances d'artistes sponsorisées par les médias d'opposition (photo de droite, DJ). Asude, jeune diplômée de 22 ans, a rejoint la foule. “Début juin, j'étais au parc de Taksim mais maintenant, la police occupe constamment les lieux. C'est devenu trop dangereux, alors depuis quelques semaines, je viens ici (à Kadıköy, ndlr)”
Kadıköy est devenu le théâtre d'importants rassemblements suite à la reprise du parc par la police. Tous les soirs de la semaine, des centaines d'individus se retrouvent aux heures de fermeture des bureaux dans les parcs environnants pour débattre de leurs revendications. “Aujourd'hui, c'est une première victoire que l'on célèbre !” ajoute Asude, en référence à la décision de justice publiée en fin de semaine. Contrairement à Taksim, aucune présence ni intervention policière n'a été constatée jusqu'ici.
La réouverture du parc Gezi repoussée
En fin de semaine dernière, le premier tribunal administratif d'Istanbul a rendu publique sa décision du 6 juin dernier concernant l'ensemble du projet de réaménagement de la place Taksim. Le projet d'urbanisation est annulé au motif notamment qu'aucune consultation n'avait été réalisée auprès de la population stambouliote. Depuis le 15 juin – date à laquelle les forces de l'ordre ont repris le contrôle de la place Taksim, les bulldozers et les employés municipaux s'emploient à nettoyer et refleurir le parc (photo de gauche, DJ).
Le gouverneur d'Istanbul Hüseyin Avni Mutlu avait déclaré à la presse samedi : “Nous prévoyons de rouvrir le parc Gezi demain (dimanche, ndlr) ou au plus tard lundi pour qu'il soit mis à la disposition de tous les citoyens”. Le lendemain, pourtant, seul Kemal Kılıçdaroğlu, le président du CHP et quelques uns de ses partisans, ont pu visiter le square dont l'entrée est pour l'instant toujours fermée au public. La réouverture du parc a été repoussée à lundi.
Diane Jean (http://lepetitjournal.com/istanbul) lundi 8 juillet 2013

jeudi 27 juin 2013

#OCCUPYGEZI – Twitter refuse de collaborer avec le gouvernement turc

Le ministre de la Communication, Binali Yıldırım, a indiqué hier que Twitter avait refusé de coopérer avec les autorités turques au moment des manifestations antigouvernementales des dernières semaines. A l'inverse de Facebook, qui aurait répondu favorablement à la requête du gouvernement turc, selon le ministre.
Une information vigoureusement démentie par la compagnie dirigée par Mark Zuckerberg, qui a rappelé hier dans un communiqué que Facebook"rejetait systématiquement les demandes des autorités turques […] à moins qu'une vie soit en jeu." Et d'ajouter : "Nous nous inquiétons du projet de loi qui pourrait contraindre les compagnies internet à livrer des informations personnelles aux autorités turques." Le ministre de l'Intérieur Muammer Güler avait annoncé le 17 juin dernier que le gouvernement travailler à l'élaboration d'une loi permettant de poursuivre les internautes publiant des messages diffamant ou incitant à la révolte sur les réseaux sociaux.
Jonathan Grimmer (http://www.lepetitjournal.com/Istanbul) jeudi 27 juin 2013

APRÈS LES MANIFESTATIONS – La démocratie des parcs

Depuis que la police a évacué le parc de Taksim, le 15 juin, les manifestants se retrouvent tous les soirs de 21h à minuit dans les autres parcs de la ville, et dans les parcs d'autres villes du pays, pour former des "assemblées". Une façon de continuer à se faire entendre mais aussi une tentative de capitaliser sur l'énergie née à Taksim pour la transformer en une force politique.
Les amis, je vous rappelle les règles : pas de slogans, pas d'applaudissements. Pour approuver, on agite les mains en l'air. Pour protester, on croise les poignets. Chacun a deux minutes pour s'exprimer. Compris ?” Quelque 500 paires de mains s'agitent dans l'amphithéâtre du parc Abbasağa de Besiktas. Depuis que la police a évacué et bloqué l'accès au parc Gezi de Taksim, le 15 juin, 48 parcs d'Istanbul et 26 autres en Turquie accueillent chaque soir dès 21h des "forums" ou "assemblées" d'opposants au gouvernement. “A Gezi, on s'efforçait d'organiser la cohabitation pacifique de milliers de personnes. On agissait au jour le jour", résume Utku, un étudiant en ingénierie. "Dans les parcs, on essaye de transformer cette énergie en une force politique. C'est une expérience de démocratie directe. On est ici pour changer le système, même si ça doit prendre des mois.”
Sur la scène éclairée d'un unique projecteur, les orateurs se succèdent. "Soyez concrets, faites des propositions", encourage le modérateur. "On ne doit pas se séparer, on gagnera à l'usure. Je soutiens l'idée d'un grand rassemblement chaque samedi à 19h pour rendre hommage aux victimes”, commence une jeune femme. Mains en l'air. "Mais est-ce qu'on doit forcément se retrouver à Taksim ? On pourrait alterner : une fois à Taksim, une fois dans un autre endroit menacé par la politique du gouvernement", poursuit-elle. Poignets croisés. "Taksim est partout, la résistance est partout !" proteste une voix dans la pénombre. Le modérateur intervient : "Pas de slogans, pensez aux voisins."
Photo Parkmeclisi
Objectif : les élections locales
Mais ce 24 juin, les esprits sont échauffés. Quelques heures plus tôt, un juge a libéré le policier accusé d'avoir tué d'une balle dans la tête Ethem Sarısülük. Ce manifestant de 26 ans, blessé le 1er juin à Ankara, est mort le 14. Le policier a plaidé la légitime défense et reste libre jusqu'à l'ouverture du procès. "Comment voulez-vous qu'on fasse confiance à la justice ?" soupire Didem Kiriş, 25 ans. L'étudiante en arts du spectacle évoque la promesse du gouvernement de "ne pas toucher" au parc Gezi tant que les procès contre sa destruction n'auront pas abouti.
Sur la scène d'Abbasağa, rares sont ceux qui mentionnent encore les arbres de ce petit parc. "L'objectif, les amis, ce sont les élections locales" de mars 2014, martèle Elif, une architecte, comme beaucoup de ceux qui prennent le micro. "Il faut que l'un de nous gagne la mairie d'Istanbul. Pourquoi ne pas fonder un parti et présenter un candidat ?" propose-t-elle. Réaction mitigée du public. "On n'a pas le temps de fonder un parti ou de choisir un candidat", observe Kerem, chercheur à l'université technique d'Istanbul. "On devrait plutôt rédiger un programme avec des demandes concrètes et le faire accepter par l'un des partis d'opposition. Ni ONG ni parti politique, constituons un front démocratique !" s'emballe-t-il, sous les applaudissements muets de l'audience et sous les regards de bronze des douze statues d'intellectuels plantées autour de l'amphithéâtre.
Ne pas être élitistes”
Fatigués par plus de trois semaines de contestation mais pas à court d'humour, les manifestants couvrent les bouches des statues de masques en tissu, protections rudimentaires contre les gaz lacrymogènes. "On devra peut-être les emprunter bientôt", plaisante Ersin, 28 ans. Certains des participants photographient la scène avec leur téléphone, puis partagent sur Twitter ou Facebook. "Sans les réseaux sociaux, notre mouvement n'en serait jamais arrivé là. On les utilise désormais pour annoncer les forums, partager les compte-rendus de chaque forum, lancer des appels à la mobilisation... Pas étonnant que le gouvernement veuille encadrer l'usage des réseaux sociaux", observe le jeune homme.
"Internet, c'est bien, mais il faut essayer de convaincre ceux qui ne pensent pas comme nous de participer aux forums", insiste un homme à la moustache blanche, qui dit avoir 58 ans. "Croyez-en mon expérience de vieux manifestant: la politique n'est pas un hobby, c'est une lutte de tous les jours pour convaincre. Dans les bus, dans la rue... sans insulter, sans mépriser, parlez !" Un grand gaillard le remercie. "Il faut se garder d'être élitistes et d'accuser les partisans de l'AKP (Parti de la justice et du développement, ndlr) d'être des villageois arriérés dont le gouvernement achèterait les voix avec des pâtes et du charbon au moment des élections. La Turquie mérite mieux que ces jeux mesquins. Elle mérite une vraie démocratie. Je veux croire qu'elle est en train de naître dans ces parcs." Il est 23h10. Le public applaudit à tout rompre.
Anne Andlauer (http://lepetitjournal.com/istanbul) jeudi 27 juin 2013