lundi 25 février 2013

RAPPORT DE L’UNESCO – La Turquie perd ses langues ethniques

Alors que le monde célébrait, le 21 février, la Journée internationale de la langue maternelle (IMLD), l’Association pour la recherche et la culture d’Anatolie (AKA-DER) manifestait à Istanbul afin d’interpeller population et gouvernement sur l’extinction progressive des langues dites “ethniques” en Turquie.
Altan Açıkdilliest l’un des pionniers de l’enseignement des langues ethniques en Turquie. “En tant que peuple vivant sur ce sol, nous avons organisé ce rassemblement afin de continuer à faire vivre nos langues maternelles, qui risquent de mourir, et appeler tout le monde à les revendiquer contre les politiques visant à les détruire”, explique-t-il au quotidien Hürriyet.
L’activiste accuse ces politiques de la perte de douzaines de langues autrefois parlées en Turquie. “Dans les années 1930 et 1940, nous ne pouvions pas parler nos langues à cause des campagnes “Parle turc, citoyen” menées par l’Etat et des politiques ‘une langue-une culture’”, renchérit-il.
Journée mondiale
L’Unesco a décidé de lancer la Journée internationale de la langue maternelle (IMLD) en 1999. Depuis, cette journée est observée partout dans le monde le 21 février. Elle vise à promouvoir la diversité linguistique et l’éducation multilingue, et à mieux sensibiliser la communauté internationale à l’importance de l’éducation dans la langue maternelle.
Cette année, le thème de la journée était “Les langues maternelles et les livres – y compris les livres et les manuels numériques”. Lors d’un événement au siège de l’Unesco à Paris, des linguistes ont souligné l’importance des langues maternelles dans la promotion de la diversité linguistique et culturelle, et dans le développement de l’éducation interculturelle par le biais, par exemple, des archives numériques des langues du monde.
15 des 34 langues ethniques de Turquie sont en voie d’extinction
Depuis 1996, l’Unesco a publié trois éditions de L’Atlas des langues en danger dans le monde. La dernière date de 2010 et n’est pas disponible en ligne. Mais l’organisation met à la disposition des internautes une plateforme régulièrement mise à jour, nommée “édition interactive”. Si cette interface ne reproduit pas les chapitres régionaux et thématiques de la version imprimée, elle propose des informations complémentaires sur les langues en danger présentées.
Dans son Atlas, l’Unesco classe les langues locales et dialectes en cinq catégories, de “vulnérable” à “éteinte”. En Turquie, 15 des 34 langues ethniques recensées sont en voie d’extinction. L’Oubykh, langue caucasienne de la famille des langues abkhazo-adygiennes parlée autrefois en Turquie et en Géorgie, le Masho ou encore le Cappadocien sont déjà éteintes. Et l’Hervetin est sérieusement en danger.
Education en langue maternelle
Altan Açıkdilli s’emporte : “Pour que l’enseignement des langues maternelles soit garanti, nous devrions immédiatement faire table rase des politiques racistes et uniformisantes.” Malgré les efforts de cette association et d’autres, il reste compliqué d’apprendre les langues maternelles à l’école et les cours privés n’ont pas beaucoup de succès. “Une langue maternelle est enseignée dans l’environnement où vit l’enfant, avec des berceuses et des contes de fées, mais les familles ne transmettent plus ces langues à leurs enfants.”
Les choses évoluent pourtant. En juin 2012, le Premier ministre turc a annoncé que le kurde, deuxième langue maternelle du pays, serait désormais enseigné à l'école publique. Les dialectes kurmancî et zazaki sont proposés en cours optionnels dans les écoles secondaires depuis la rentrée 2012. Fin septembre, le ministère de l’Éducation révélait toutefois que moins de 21.000 élèves en avaient fait la demande. La mesure est jugée insuffisante par les militants de la cause kurde, qui réclament le droit à l’éducation dans leur langue.
Fanny Fontan (http://www.lepetitjournal.com/istanbul) lundi 25 février 2013

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