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mardi 5 février 2013

Article très complet sur le 3eme pont sur le Bosphore


Istanbul : la carte du troisième pont sur le Bosphore.

Benoît Montabone et Yoann Morvan
Image1L’implantation du troisième pont sur le Bosphore (Radikal, 01.05.2010). Traduction de la légende : Jaune : Autoroute Nord-Marmara ; Violet : Autoroute Istanbul-Izmir ; Rouge : D-100 (Ancienne E5) ; Vert : Autoroute Tem (Trans-European-Motorway).
Le 29 avril 2010 le ministre turc des transports, Binali Yıldırım, a annoncé lors d’une conférence de presse la construction d’un troisième pont sur le Bosphore, et en a révélé le tracé. Cette infrastructure de grande envergure visant à relier les rives européennes et asiatiques d’Istanbul sera implantée tout au nord du détroit, au débouché de la mer Noire. Il posera ses piles dans les petits villages de Garipçe sur la rive européenne et de Poyrazköy sur la rive asiatique. La carte présentée ci-dessus (à télécharger en format pdf) donne corps à ce projet et a été largement publiée dans la presse nationale turque. Le graphisme très simple, s’appuyant sur une photographie aérienne floutée de la région urbaine d’Istanbul, tend à gommer le territoire sur lequel s’implantent les infrastructures pour mettre en avant les grands axes de transport qui traversent la mégapole stambouliote. Les quatre autoroutes retenues (deux existantes, D-100 et Tem, et deux en projet) servent à la fois au transport national et aux déplacements intra-urbains, montrant l’importance stratégique de ces infrastructures lourdes pour une agglomération de 14 millions d’utilisateurs quotidiens1.
Le projet, qui implique aussi la construction d’une nouvelle autoroute, devrait être livré d’ici cinq ou six ans pour un premier coût total estimé à six milliards de dollars. D’après le ministre, ce montant inclut les frais d’acquisition des terrains. Ce nouveau pont sera le plus long des trois ponts enjambant le Bosphore avec une longueur de 1275 mètres et la nouvelle autoroute à laquelle il sera connecté s’étendra sur plus de 260 kilomètres. La justification principale de ce projet est la volonté de résoudre les problèmes de circulation à Istanbul en déviant les flux de camions en transit vers le nord pour éviter qu’ils ne traversent la ville et n’empruntent un des deux ponts destinés à la circulation intra-urbaine. Les camions en transit sont en effet communément identifiés comme la cause principale des embouteillages chroniques et journaliers que connaît Istanbul. Au-delà de ces informations récoltées dans divers titres de la presse quotidienne2 dans le mois qui a suivi l’annonce du ministre des Transports, le projet du troisième pont soulève de nombreuses interrogations à propos de l’agglomération stambouliote, son extension, son aménagement, et au-delà, son avenir. Il est en réalité un très bon indicateur des dynamiques actuelles du processus d’urbanisation, lui-même étroitement lié aux circulations automobiles.

L’aboutissement d’un processus d’urbanisation.

La construction des ponts sur le Bosphore est indissociable des étapes de la croissance urbaine d’Istanbul (Hatice Kurşuncu, 2010). Dans les années 1950, la transition urbaine s’accélère en Turquie. La population rurale migre vers les villes dans l’espoir de trouver du travail ; de grandes zones industrielles périphériques apparaissent alors que l’habitat est essentiellement autoconstruit sous la forme de gecekondu (habitat illégal, littéralement « construit dans la nuit »). Sur la rive européenne d’Istanbul, les zones industrielles de Zeytinburnu ou de Gümüşsuyu se développent. Sur la rive asiatique, l’urbanisation s’étend déjà du quartier de Kadıköy jusqu’à Bostancı le long du rivage ; des zones industrielles se développent aussi en périphérie. Le premier pont construit en 1973, le Boğaziçi Köprüsü (Pont du Bosphore) vient parachever ces importants changements dans la structure urbaine. Il marque, avec l’autoroute E-5 qui l’emprunte, l’aboutissement d’une vague de croissance industrielle où les unités de production sont implantées dans la continuité du bâti, et permet de relier entre elles les grandes zones d’emploi et les quartiers d’habitat développés autour d’elles.
Les années 1980 en Turquie sont marquées par une libéralisation de l’économie (Galip L. Yalman, 2009) : la spéculation immobilière devient un domaine primordial de la croissance urbaine (Murat Güvenç, 2010). Dans le même temps, les migrations depuis les zones rurales ne ralentissent pas. La région urbaine d’Istanbul passe de 4,7 millions d’habitants en 1980 à 5,8 millions en 1985, soit un taux de croissance annuel moyen de 23 % sur 5 ans. Le front urbain s’étend jusqu’aux périphéries de Pendik sur la rive asiatique et de celle de Küçükçekmece sur la rive européenne, intégrant l’aéroport international Atatürk dans le tissu urbain. Cette croissance urbaine conjuguée à la généralisation de l’automobile entraîne rapidement des conditions de déplacement difficiles. Pour faire face à cet étranglement des transports, un deuxième pont sur le Bosphore est construit en 1988, le pont Fatih Sultan Mehmet (le pont du Sultan Mehmet le Conquérant), à 10 kilomètres au nord du premier. L’autoroute qui l’accompagne est reliée au corridor européen Tem (Trans European Motorway) et sert de seconde ceinture périphérique à la ville.
Depuis, la nappe urbaine progresse à la fois sur les rivages vers l’est et l’ouest, se prolongeant de manière continue de Pendik jusqu’à Tekirdağ, et vers le Nord, dépassant les limites du Tem et mitant de plus en plus les zones de forêts et les espaces de captage d’eau. Le choix d’implanter le troisième pont tout au nord du Bosphore est surprenant, étant donnés les différents tracés possibles évoqués depuis près d’une décennie et présentés sur la carte annexée en format pdf3, plus ancienne, mais complémentaire de la première.
Son graphisme atténue fortement l’espace substrat, comme celui de la première carte, mais l’uniformité de la couleur de fond rend bien compte de l’uniformité de l’occupation du sol, entièrement bâti sur la portion d’espace représenté. Les tracés dessinés ici le sont à titre informatif sans se soucier des conséquences locales qu’ils pourraient engendrer. On observe que le tracé finalement retenu en 2010 n’était même pas envisagé en 2003 : il a surpris un grand nombre d’observateurs, y compris ceux favorables à la construction d’un troisième pont. La grande différence vient justement du fait que tous les tracés précédemment envisagés devaient s’implanter dans des zones déjà construites ; leur réalisation n’aurait fait qu’accompagner le processus d’urbanisation. La localisation finalement retenue va au contraire accélérer ce dernier, car elle va améliorer la desserte de zones aujourd’hui peu ou pas urbanisées, favoriser leur intégration dans les espaces urbains stambouliotes et engendrer une urbanisation massive des forêts du nord du département.
Le tracé proposé vient aussi légitimer toute une série de constructions illégales dans ces zones de forêts, et récompenser ceux qui ont contourné la loi pour investir dans des placements immobiliers qui vont in fine se révéler fort lucratifs. Le gouvernement projette en effet de vendre des titres de propriété de terrains forestiers à ceux qui les occupent illégalement (dits forêts 2B), réalisant une grosse opération financière tout en amnistiant les contrevenants. Ces derniers bénéficieront en retour de l’augmentation de la valeur de leur terrain par la construction des nouvelles infrastructures4.
La construction du troisième pont risque ainsi, à plus ou moins longue échéance, de « combler » toute la zone non urbanisée du nord du département, créant une tache urbaine continue tout au long du Bosphore, sans laisser d’espace pour une éventuelle ceinture verte qu’un tracé plus au sud aurait pu permettre (voir figure ci-dessous). Metin Münir, éditorialiste reconnu, souligne même qu’un tel choix rend inéluctable la construction d’un quatrième pont plus au sud, car celui envisagé ne résoudra en rien les problèmes de circulation intra-urbaine, et risque d’accroître encore plus le transport automobile privé (Münir, 2010).
Image2Croissance urbaine et périphériques autoroutiers à Istanbul.
La « politique des transports » ou le tout automobile.
Le jour même de l’annonce de la construction du pont par le ministre des Transports, un centre commercial entièrement dédié à l’automobile baptisé Automall est inauguré à Istanbul par le maire de la ville. Sur un terrain de 83 000 m2 et avec 379 galeries d’exposition, l’automobiliste stambouliote peut ainsi trouver toutes les marques de voiture, tous les modèles et tout le nécessaire du parfait conducteur. L’ouverture de plusieurs centres commerciaux5 de ce type est révélatrice du rapport des habitants d’Istanbul à la voiture individuelle : sacralisée, symbole de la réussite sociale, elle est le moyen de transport le plus utilisé pour les usages quotidiens, tant pour des raisons professionnelles que récréatives. Le maire d’Istanbul, Kadir Topbaş, a d’ailleurs déclaré lors de l’inauguration d’Automall que « des centres commerciaux comme celui-ci étaient un enjeu de civilisation » (Hürriyet Daily News, « Automall opens its doors in Istanbul’s Bağcılar district », 30 April 2010). Malgré diverses tentatives de développement des transports en commun, la voiture individuelle reste le mode de déplacement principal dans la mégapole. Elle est aussi, d’après les simulations réalisées par l’Université Technique d’Istanbul (Haluk Gerçek, 2009), le moyen le plus rapide pour se rendre d’un point à un autre de la ville en dépit des embouteillages quotidiens. Représentant 17 % de la population du pays, Istanbul concentre ainsi 26 % du parc automobile turc. Sa part dans la répartition des modes de transport ne cesse d’augmenter (voir le tableau à télécharger6).
Le trafik (en turc : « trafic, embouteillage ») est devenu un objet de conversation banal comme le temps ou le prix des cigarettes, et est traité comme une donnée extérieure à la société qui survient de temps à autre sans que l’on sache trop pourquoi. Des écrans plasma dernier cri disséminés dans le métro indiquent minute par minute l’état des embouteillages sur les périphériques, au même titre que la météo du jour. Les chauffeurs de taxi échangent des informations sur l’état du trafik et les moyens de l’éviter, développent des stratégies pour le contourner ou s’y intégrer le plus tard possible. Ces pratiques individuelles courantes et spontanées alimentent bien sûr les ralentissements, mais les coupables sont rapidement et facilement désignés : ce sont les ponts. Ces derniers congestionnent la circulation et constituent des points de blocage à la bonne rythmique urbaine, au point d’apparaître en fonction du temps mis pour les traverser comme des indicateurs privilégiés du pouls urbain. Un troisième pont semblerait ainsi salutaire pour répartir la circulation que ne peuvent absorber les deux premiers. Le quotidien Hürriyet, réputé comme premier quotidien populaire turc (appartenant à un consortium par ailleurs propriétaire d’Automall), titrait ainsi au lendemain de la conférence de presse annonçant la construction du troisième pont : « Kamyona güle güle » (Hürriyet, « Kamyona Güle Güle », 30 Nisan 2010 Cuma, p. 1.), soit « Au revoir les camions », reprenant à son compte les analyses selon lesquelles les problèmes de circulation dans Istanbul sont dus essentiellement aux camions en transit qui sont obligés de prendre les périphériques intra-urbains, qui servent aussi de voies de transport internationales. Mais cet argument avancé par les autorités locales et nationales ne tient pas compte du « trafic induit », qui, comme le souligne Haluk Gerçek (2009), accompagne immanquablement l’ouverture d’une nouvelle infrastructure. Présentée comme une solution aux problèmes de l’encombrement automobile, cette dernière ne fait que générer de nouvelles congestions par son existence même.
Cette approche trop simple de la gestion des circulations automobiles, qui vise à adapter l’offre d’infrastructure à la demande, peut facilement être dépassée au profit d’une analyse plus approfondie des modes de déplacement dans la mégapole stambouliote. Les planificateurs urbains qui manifestent contre le projet de troisième pont ne s’y trompent pas quand ils mettent en avant le slogan « Üçüncü köprü var, yol var, neden ray yok ? » (Il y a un troisième pont, il y a des routes, pourquoi n’y a t-il pas de train ?). Malgré quelques efforts, les transports en commun restent insuffisants à Istanbul. Certes la mise en place d’un service de bus rapides en site propre, appelé Metrobüs, sur l’E-5, la première couronne d’autoroute intra-urbaine a révolutionné les rapports des habitants à la mobilité collective en permettant de relier les premières périphéries de la ville entre elles sans rupture de charge, mais un système plus global de transports collectifs efficace fait cruellement défaut. Les bus, les dolmuş (taxis collectifs), les servis (navettes privées) empruntent les mêmes voies que les voitures et sont donc soumis aux mêmes aléas. Les lignes de métro et les lignes de tramway ne sont pas interconnectées, restent lentes et ne desservent qu’une petite partie du territoire urbain. Cependant, un projet de grande ampleur existe : le Marmaray, train intra-urbain qui doit relier les périphéries européennes et asiatiques des rivages stambouliotes en empruntant un tunnel sous le Bosphore (tracé visible sur la seconde carte). Projet gigantesque mené par un consortium turco-japonais, il devrait devenir selon les plans du ministère des Transports l’axe majeur d’intégration de la mégapole stambouliote. Mais en parallèle et sur le même tracé, un tunnel autoroutier de six voies est en construction pour favoriser les circulations automobiles littorales de part et d’autre du Bosphore. La voiture individuelle a encore de beaux jours devant elle.

La fin d’un monde dans les forêts du Nord ?

Dès l’annonce faite par le ministre, des voix se sont fait entendre pour contester le projet. L’opposition politique au gouvernement, notamment le Chp (Cumhuriyet Halk Partisi, Parti Républicain du Peuple) par l’intermédiaire de Gürsel Tekin, responsable du parti pour la province d’Istanbul, a vivement réagi en dénonçant un scandale politique majeur, arguant du fait que ce pont n’a jamais été envisagé dans les plans de développement de la métropole d’Istanbul et qu’il est imposé à la ville par l’État sans aucune consultation des pouvoirs publics locaux. D’après lui, le trajet aurait même suscité l’opposition du maire de la Municipalité métropolitaine d’Istanbul (Ibb, Istanbul Büyükşehir Belediyesi), Kadir Topbaş, qui pourtant appartient au même parti politique que le gouvernement, l’Akp (Adalet ve Kalkınma Partisi, Parti de la Justice et du Développement). De leur côté, les milieux environnementalistes et professionnels, notamment la Chambre des architectes et la Chambre des planificateurs urbains d’Istanbul, dénoncent à la fois le tracé du troisième pont, qui va traverser des zones de forêts protégées et les terrains de captage d’eau de la mégapole stambouliote, et son utilité même. Ces derniers ont ainsi déposé un recours devant la justice au nom de l’incompatibilité du projet avec les plans de développement de la ville adoptés préalablement, soulignant que la planification urbaine à Istanbul dépendait trop des projets politiques ponctuels et ne prenait pas en compte les objectifs à long terme de contrôle de l’extension de la tache urbaine (Hürriyet Daily News, « Professional chambers file suit over Istanbul’s third bridge plans, 25 janvier 2011). Ils proposent une politique ambitieuse de transports en commun pour contrer le développement par l’automobile de l’agglomération que le nouveau pont ne fera qu’encourager.
Les populations des arrondissements touchées par la construction de la nouvelle autoroute et du pont se sont quant à elles réunies au sein d’une plateforme revendicative pour faire valoir leur opposition au projet (« 3. Köprü Yerine Yaşam Platformu », soit la « Plateforme pour la vie à la place du troisième pont »). Elles dénoncent « le pont de la rente » (rant köprüsü) et ne veulent pas que leurs villages deviennent le nouveau champ de bataille des investisseurs immobiliers attirés par la proximité de la route et par l’accessibilité aux zones d’emploi et aux aéroports. Mais tous les riverains ne sont pas contre le projet, certains y voient au contraire une opportunité inespérée pour se connecter aux anciens et nouveaux cœurs commerciaux et culturels d’Istanbul. Il est à peu près certain que les prix des terrains vont flamber, relançant la spéculation immobilière que la crise de 2009 avait freinée. Le quotidien Hürriyet (Hürriyet, Seri Ilanlar, 2 Mayis 2010) estime ainsi que les prix du foncier à Zekeriyaköy, dans l’arrondissement de Sarıyer, directement concerné par le troisième pont, sont passés de 250 à 350 dollars en quelques semaines. Même si la hausse est pour l’instant modérée, l’annonce du pont a relancé l’inflation immobilière ; il est fort probable qu’elle ne s’arrêtera pas là.
Dans ce cadre, le petit village de pêcheur de Garipçe, qui fait face à l’embouchure du Bosphore, devrait connaître de profonds bouleversements sociaux. Aujourd’hui encore isolé du reste de l’arrondissement de Sarıyer, relié par une petite route et desservi par une seule ligne de bus, dominé par une ancienne tour de guet ottomane, il se trouvera directement connecté aux flux urbains et devrait correspondre à l’attente d’élites stambouliotes en quête d’authenticité. Déjà les étudiants de l’université privée voisine, l’université Koç, ont investi les deux petits restaurants de poisson sur la place du village, qui voit ainsi cohabiter jeunesse dorée aux luxueuses voitures de sport et familles de pêcheurs aux barques en bois. Construite récemment à proximité de Garipçe, cette université se situe maintenant, par hasard ou par anticipation, en bordure de la future autoroute, ce qui va grandement favoriser son accès depuis les différents centres de l’agglomération stambouliote. À moins que la proximité immédiate du pont n’aboutisse à une mise sous cloche d’un village qui fait encore figure d’îlot de calme dans la frénésie stambouliote, thèse que la patrimonialisation récente de la citadelle militaire vient confirmer. Le paysage encore un peu sauvage du Bosphore à cet endroit sera, lui, irrémédiablement transformé.

Documents annexes

Carte (PDF) (64k)
Carte 2 (PDF) (104k)
Tableau (PDF) (71k)

Bibliographie

Cumhuriyet, 30 Avril 2010.
Haluk Gerçek, « Is there a road ahead? », Istanbul, City of Intersection, Urban Age Istanbul Conference proceedings, London, London School of Economics and Political Science, 2009.
Murat Güvenç, « Istanbul 1910-2010 : une approche historique et socio-spatiale », in Urbanisme, n°374, pp. 47-51, 2010.
Hürriyet Daily News, « Automall opens its doors in Istanbul’s Bağcılar district », 30 April 2010.
Hürriyet Daily News, « Kamyona Güle Güle », 30 Nisan 2010 Cuma, p. 1.
Hürriyet Daily News, Seri Ilanlar, 2 Mayis 2010.
Hürriyet Daily News, 30 Avril 2010 ; 2 Mai 2010, 25 janvier 2011.
Hatice Kurşuncu, « Köprüler : Kente Uzak, Kapitalizme Yakın » [Les ponts : loin de la ville, près du capitalisme], in Ekososyalist Dergisi, Istanbul, 5 Haziran, 2010.
Yoann Morvan, Benoît Montabone, « Le pont de la rente. Les enjeux fonciers du troisième pont sur le Bosphore à Istanbul », Études Foncières, n°148, 2010 pp. 20-24.
Metin Münir, « Üçüncü köprü Istanbul’un cinnet senaryosudur » [Le troisième pont d’Istanbul : un scénario insensé], in Milliyet, 2 Eylül, 2010.
Radikal, 30 Avril 2010 ; 28 Mai 2010.
Vatan, 4 Mai 2010
Galip L. Yalman, Transition to Neoliberalism. The Case of Turkey in the 1980s, Istanbul Bilgi University Press, Istanbul, 2009.

Note

1 Les chiffres officiels annoncent 12 millions d’habitants pour Istanbul. Ces chiffres ne tiennent pas compte des migrations récentes ni des pratiques urbaines des stambouliotes temporaires, qui nous font préférer le terme d’ « utilisateurs » proposé par Jean-François Pérouse et qui accroissent sensiblement le nombre d’habitants effectifs.
2 Hürriyet, 30 Avril 2010 ; Radikal, 30 Avril 2010 ; Cumhuriyet, 30 Avril 2010 ; Hürriyet, 2 Mai 2010 ; Vatan, 4 Mai 2010 ; Radikal, 28 Mai 2010.
3 Les différents tracés possibles pour un troisième pont à Istanbul en 2003 (Radikal, 01.06.2003), fonds de l’Observatoire Urbain d’Istanbul. Traduction simplifiée de la légende : Rouge : Les tracés possibles du pont autoroutier ; Bleu : Les ponts et autoroutes actuels ; Pointillé : L’implantation du Marmaray.
4 Pour une analyse plus détaillée des questions foncières, voir Yoann Morvan et Benoît Montabone, 2010.
5 La construction de deux autres centres commerciaux automobiles, baptisés Otoport et Autopia, a depuis été amorcée. Le nom de ce dernier, le plus grand d’Europe, est en lui-même suffisamment évocateur du rapport privilégié des Stambouliotes à la voiture individuelle.
6 Répartition des modes de transport au sein de l’agglomération d’Istanbul (Tmmob, Şehir Plancıları Odası Istanbul Şubesi, 2010, 3. Köprü değerlendirme raporu, Istanbul, p. 10).

Resumé

L’implantation du troisième pont sur le Bosphore (Radikal, 01.05.2010). Traduction de la légende : Jaune : Autoroute Nord-Marmara ; Violet : Autoroute Istanbul-Izmir ; Rouge : D-100 (Ancienne E5) ; Vert : Autoroute Tem (Trans-European-Motorway). Le 29 avril 2010 le ministre turc des transports, Binali Yıldırım, a annoncé lors d’une conférence de presse la construction [...]

Benoît Montabone

Benoît Montabone est agrégé de Géographie et doctorant à l’Université Haute Bretagne Rennes 2. Il prépare une thèse au sein du laboratoire ESO-Rennes (Umr 6590 ESO) sur le possible transfert du concept de cohésion territoriale à la Turquie dans le cadre du processus d’adhésion à l’Union européenne. Chercheur associé à l’Observatoire Urbain d’Istanbul, il développe des recherches sur le développement régional et la gouvernance métropolitaine en Turquie.

Yoann Morvan

Yoann Morvan a effectué un Post-doc (Cnrs) à l'Institut Français d'Études Anatoliennes (Ifea) au sein duquel il est co-responsable de l'Observatoire Urbain d'Istanbul. Il a fait une thèse en Urbanisme (Institut d'Urbanisme de Paris- Paris Est) sur Les Territoires urbains de l'échange, sous la direction de Thierry Paquot, thèse à paraître aux éditions l'Harmattan. Par ailleurs, il est auteur de nombreuses contributions à des ouvrages collectifs et articles, dont l'un avec Benoit Montabone a propos du "Pont de la rente" et des enjeux fonciers du troisième pont sur le Bosphore à Istanbul» pour la revue Etudes foncières (n° 148, novembre-décembre 2010).

Pour faire référence à cet article

Benoît Montabone et Yoann Morvan, "Istanbul : la carte du troisième pont sur le Bosphore.", EspacesTemps.net, Objets, 18.04.2011
http://www.espacestemps.net/articles/istanbul-la-carte-du-troisieme-pont-sur-le-bosphore/

mercredi 31 octobre 2012

ISTANBUL: projet de 3eme pont sur le Bosphore


Poyrazköy, en turc, signifie “village du Poyraz”, du nom de ce vent froid de nord-est, violent, synonyme de neige en hiver. C’est une bourgade en pente, entre forêt et mer, où vivent tout au plus un millier d’habitants. Un endroit à l’écart sur la rive asiatique, pas isolé pour autant, où les bateaux de touristes viennent accoster régulièrement.
Depuis le petit port, on distingue très bien la colline plantée d’arbres d’où s’allongera bientôt le troisième pont sur le Bosphore (photo de gauche, OC). Il rejoindra, sur l’autre rive, le village de Garipçe. Les habitants de Poyrazköy ne sont pas vent debout contre cet édifice. Ils sont résignés, ils attendent. Certains avec inquiétude et d’autres avec espoir.
L’espoir que la construction du pont encourage les autorités à lever le statut de site protégé pour une partie des terrains autour de leur village. “Trois fois, j’ai construit une maison. Trois fois, l’Etat l’a détruite !” peste Mustafa Kalafat, un pêcheur de 53 ans. Ses ancêtres sont arrivés de Rize au début du XXème siècle. C’est le cas de la plupart des habitants de Poyrazköy.
“On nous dit qu’il est interdit de bâtir face au Bosphore parce que ça gâche la vue. Et ce pont immense, il ne gâchera pas le paysage, peut-être ?” interroge Mustafa. “On dirait qu’il suffit d’avoir de l’argent pour changer les règles. Donc, d’accord pour le pont, mais qu’au moins les villageois en profitent et qu’on nous laisse construire, nous aussi.”
“Il faut bien couper quelques arbres…”
Turgut, 18 ans, l’un des rares jeunes du village, ne sait pas s’il restera longtemps à Poyrazköy. “Comme on ne peut pas construire, les jeunes se marient et s’en vont. Ils n’ont pas le choix, sans maison !” explique-t-il. Neuf habitants sur dix tirent leurs revenus de la mer. Turgut craint que le troisième pont ne porte préjudice à son activité.
Il est probable qu’une fois le pont construit, on nous interdise d’aller jeter nos filets en dessous”, s’inquiète-t-il. “Or, il y a justement là-bas une petite crique où nous allons toujours car les poissons y sont nombreux. On y pêche beaucoup de lüfer et de thon, par exemple. C’est sûr que si on ne peut plus y jeter nos filets, on aura des pertes.”
Sur la place du village, un groupe de touristes étrangers écoute les instructions du guide. Osman Bakırcı, l’épicier, compte sur le futur pont pour en amener beaucoup d’autres : “J’espère qu’il y aura plus de passage. On ne peut pas dire qu’il y ait une opposition au projet dans le village.”
L’épicier raconte, amusé, les visites fréquentes “d’activistes écolos”. “Ils nous ont dit : “Réagissez, ils vont détruire votre forêt !” Mais si vous voulez mon avis, il y aura toujours assez d’arbres. Il faut bien en couper quelques-uns pour construire un pont…” assène-t-il derrière son comptoir.
Le bruit, la pollution
Ismail et Murat, anciens marins, coulent une retraite paisible à Poyrazköy, entre promenades sur le front de mer et parties de backgammon sur la place. Ils s’inquiètent de la pollution, d’autant que le nouveau pont – destiné à désengorger le trafic stambouliote – devrait être réservé aux poids lourds.
“Ils passeront juste à côté donc on risque d’être dérangés par les gaz d’échappement”, redoute Murat. “En plus, le poyraz qui souffle par ici ne va rien arranger”, renchérit son partenaire de jeu.
Sans même parler du bruit, qui viendra sans doute troubler ce silence paisible. Qu’ils l’espèrent ou qu’ils le redoutent, les habitants de Poyrazköy savent que la vie au village ne sera plus jamais la même après la construction du pont. Le consortium turco-italien qui a remporté l’appel d’offres en mai annonce un début des travaux d’ici la fin de l’année.
Visite du front de mer. En cette saison, les pêcheurs s’affairent à réparer bateaux et filets :

Anne Andlauer (http://www.lepetitjournal.com/istanbul.html) mercredi 31 octobre 2012

mardi 3 juillet 2012

Garipçe: un endroit magnifique à deux pas d'istanbul


Besoin de s'éclipser de la frénésie stambouliote ? Envie de profiter un peu de l'été ? Allez faire un petit tour du côté de Garipçe, dans le district de Sarıyer. Ce petit village de pêcheurs à une trentaine de kilomètres de Taksim offre une atmosphère paisible et relaxante, bien qu'il soit relativement fréquenté le week-end
Quelques maisons qui s'amoncellent autour d'une mosquée aux tons verts, deux restaurants les pieds dans l'eau au bord d'une crique, un fort vieux de plusieurs centenaires qui s'avance dans la mer... Bienvenue à Garipçe, un village de 400 habitants, dans le district de Sarıyer. La petite bourgade, qui se situe à l'embouchure du Bosphore, côté Mer Noire, se tient bien à l'écart de toute l'agitation stambouliote. Juste le va-et-vient des pêcheurs, avec, en arrière plan, les énormes cargos qui s'apprêtent à franchir le détroit du Bosphore... Un endroit idéal pour prendre un bol d'air pur et profiter du calme, le temps d'une escapade.
"La plupart des Stambouliotes viennent à Garipçe pour prendre un kahvaltı durant le week-end " indique Ali, natif des lieux, qui tient un restaurant dans le village. "Le poisson est également très frais. Il saute directement du bateau à l'assiette ! " indique l'homme en pointant du doigt les barques de pêcheurs qui viennent accoster le long du quai. Si le tourisme à la journée augmente, la pêche reste la principale ressource économique de Garipçe.
Après une pause gustative, les visiteurs peuvent se promener sur les sentiers qui entourent le village, et qui longent la côte. Une plage du nom de Büyükduman se trouve à 1,5 kilomètres au sud de Garipçe, mais elle n'est accessible qu'en bateau, car le chemin qui y mène est difficilement praticable. Une autre petite crique sablonneuse se trouve quant à elle au nord du bourg. On peut y faire trempette, moyennant une descente assez abrupte.
Garipçe : " un endroit un peu bizarre... "
On vient aussi à Garipçe pour découvrir son fort, l'un des plus anciens d'Istanbul, accroché sur le flanc nord du village. Construit par les génois vers le 15ème siècle, il a été restauré un peu plus tard sous l'Empire Ottoman, durant le sultanat de Mustafa III, entre 1757 et 1774. "Le fort servait à défendre l'entrée du Bosphore. De là, les soldats pouvaient observer les bateaux qui entraient dans le détroit ", précise Ali. Petit à petit, des hommes originaires des villes de Trabzon et de Rize, sur la côte de la Mer Noire, ont été envoyés à Garipçe afin de mener la garde dans le fort. "Ils étaient réputés pour être braves et doués dans le maniement des armes ". Puis, les soldats ont fait venir leurs familles, la population a augmenté, d'où l'implantation du village autour du fort, il y a un peu plus de deux siècles.
Lorsque les proches des soldats leur demandaient où ils habitaient exactement dans Istanbul, ces derniers répondaient : "dans un endroit un peu bizarre... ". C'est de là que vient le nom du village, puisque Garipçe, en turc, signifie "ce qui est étrange ".
Le village est bien sûr beaucoup plus fréquenté le week-end qu'en semaine. "Le dimanche, il y a parfois jusqu'à 2.000 visiteurs " indique Ali. Et ce chiffre pourrait bien augmenter dans les années à venir, puisque la construction dans le bourg d'un musée sous-marin et d'un centre culturel est actuellement en pourparlers. "Le village a été classé site historique en 1984 par le gouvernement, de par la présence du fort. L'édification de nouvelles infrastructures sera donc normalement encadrée par des règles strictes en matière de construction. À l'avenir, l'atmosphère de Garipçe devrait donc être préservée ".
Marie Tarteret (www.lepetitjournal.com/istanbul) mardi 3 juillet 2012