Notre objectif est de réunir les cultures turques, Moyen-orientales et françaises pour une meilleure connaissance entre nos peuples, une coopération, une amitié durable.
Le récent contentieux franco-turc sur la restitution d'œuvres d'art exposées au Musée du Louvre pourrait prendre la voie de l'apaisement. C’est en tout cas ce qu’espère Henri Loyrette, président-directeur du musée français. Ce dernier affirme dans une interview à l'AFP qu'il est "important de favoriser des coopérations futures avec la Turquie autour de l'archéologie antique et la culture ottomane".
Un dialogue par presse interposée s'est ouvert suite aux propos du ministre turc de la Culture, qui a proposé une table ronde entre responsables des deux pays. Des paroles qui ont trouvé écho puisque Henri Loyrette a tenu à réaffirmer l'attachement du musée à la Turquie: “Il est important que l'on se parle pour envisager l'avenir. On ne peut pas se passer d'un grand pays comme la Turquie. Nous avons toujours travaillé avec lui", a-t-il ainsi déclaré.
Les céramiques ottomanes exposées au nouveau département des arts islamiques du Louvre, qui proviendraient de la Mosquée Piyale Paşa d'Istanbul, constituent le deuxième litige entre le musée parisien et Ankara. Il y a quelques années déjà, une demande des autorités turques au sujet de panneaux de céramique d'Iznik provenant du mausolée de Selim II avait été rejetée par l'ancien ministre de la Culture, Frédérique Mitterrand. Ce dernier mettait en avant la non-rétroactivité du droit français et de la convention de l'Unesco contre le trafic illicite d'œuvres d'art, dans la mesure où il s'agissait d’acquisitions antérieures à ces législations.
“Nous sommes très tranquilles. C'est une chance pour tout le monde de pouvoir voir ces éléments importants de nos collections”, affirme Henri Loyrette à ce sujet. Ces panneaux sont exposés dans la "Galerie du Temps" du nouveau Louvre-Lens, qui sera inauguré mardi prochain et ouvrira ses portes au public le 12 décembre.
Le centre culturel de Caddebostan accueille jusqu'au 24 juillet une exposition regroupant près de 250 objets anciens, datant de la fin de l'Empire Ottoman jusqu'au début des années 60. Ces pièces privées, qui appartiennent toutes à des familles ou à des collectionneurs, illustrent l'histoire de la vie quotidienne en Turquie au siècle dernier
Boîte à baklavas datant de 1883 (photo MT)
Matériel de pharmacien ou de docteur, machines à photographier, pièces d'identités, monnaies, machines à coudre, photographies ou encore vêtements, près de 250 objets différents figurent actuellement au centre culturel de Caddebostan (CKM), pour une exposition intitulée "Curiosités de collectionneurs". La particularité de toutes ces pièces ? Elles appartiennent toutes au passé, de l'Empire Ottoman tardif (fin du 19ème siècle) à nos années 60.
"Ce sont des objets de la vie quotidienne. Ils proviennent de 50 familles ou collectionneurs différents, venant d'Istanbul, d'Izmir, d'Ankara ou encore de Muğla", indique Şennur Şentürk, créatrice du projet et historienne de l'art. La banque Yapı Kredi, qui a organisé l'exposition en partenariat avec le CKM, a fait appel à ses clients, pour savoir si ils avaient en leur possession des objets anciens. "Nous avons ensuite sélectionné les pièces en fonction de leur histoire. Chaque objet dégage une émotion particulière, en possédant une anecdote intimement liée au passé de la famille à laquelle il appartient", précise Şennur Şentürk.
L'histoire de la vie quotidienne à travers les objets
Derrière les objets, il y a donc les hommes... Comme ces liasses de billets russes du début du 20ème siècle, qui témoignent d'un événement douloureux arrivé au capitaine Osman. L'homme, dont la mission était de transporter des marchandises par bateau sur la Mer Noire, vendit un jour de l'année 1917 en Russie une cargaison de tabac provenant de l'Empire Ottoman. Alors qu'il avait l'habitude d'échanger les produits contre de l'or, il choisit cette fois-ci de vendre sa cargaison, acceptant des billets de banque russes. Mais peu de temps après son retour sur le sol ottoman, ce fut le coup d'envoi de la Révolution en Russie, qui entraîna avec elle... l'annulation de la monnaie. Une très grosse perte à l'époque pour l'homme, qui paraît-il ne s'en est jamais vraiment remis.
Outre des portraits de personnalités, le visiteur découvre à travers les objets présentés des indications intéressantes sur ce qu'était la vie quotidienne dans la Turquie d'hier. Il y a notamment toute une série d'objets considérés dans leurs époques respectives comme étant à la pointe de la technologie : des instruments utilisés par les docteurs et les pharmaciens dans les années 40, de lointains ancêtres de nos calculatrices actuelles, ou encore une lampe à projection datant de 1800. Parmi les multiples objets exposés, on trouve également une boîte à baklavas de 1883, l'uniforme militaire d'un soldat officiant à la fin de l'Empire ottoman, des cahiers d'étudiants, des timbres, des pièges à puces, mais aussi des objets d'art.
"Curiosités de collectionneurs " est en réalité le second volet d'une exposition qui s'était déjà tenue en 2002, et qui présentait des objets dits insolites. Elle avait attiré des milliers de visiteurs.
" À Istanbul, une grande majorité des expositions sont tournées vers l'art contemporain et la peinture. Nous avons souhaité proposer quelque chose de différent, car nous savons que le public est demandeur " explique Şennur Şentürk. Une plongée au cœur de l'histoire matérielle, à découvrir jusqu'au 24 juillet.