Affichage des articles dont le libellé est Parc de Taksim. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Parc de Taksim. Afficher tous les articles

mercredi 29 mai 2013

PARC DE TAKSIM – Manifestants contre bulldozers

Des bulldozers ont commencé dans la nuit de lundi à mardi à déraciner quelques-uns des 600 arbres du parc de Taksim, que la mairie d’Istanbul prévoit de remplacer par une réplique des anciennes casernes ottomanes qui s’y élevaient jadis. Des heurts ont éclaté entre policiers et manifestants.
“C'est en rentrant de notre réunion habituelle pour organiser la suite du mouvement qu'avec d'autres militants, nous avons remarqué un gros bulldozer et un trou dans le mur” face à l'hôtel Divan, explique Birkan Işın, président de l'Association de protection et d'embellissement du parc de Taksim. “Nous avons tout de suite réagi et nous nous sommes placés devant le bulldozer”, poursuit-il. “Une heure plus tard, vers minuit et demi, nous étions une centaine de personnes. Nous avons discuté avec la société responsable des travaux, qui nous a répondu que la destruction du mur était prévue. Les travaux se sont arrêtés pour la soirée.”
Des dizaines de manifestants, prévenus par les réseaux sociaux, se sont rendus sur place dans la journée d’hier, accompagnés de quelques députés. Ils se sont rapidement heurtés aux forces de police, qui ont usé de gaz lacrymogènes pour disperser la foule :

(Voir aussi cette photo de Reuters, partagée plusieurs centaines de fois sur Facebook)
Sırrı Süreyya Önder, député du Parti de la paix et de la démocratie (BDP), et d’autres manifestants se sont interposés entre les arbres et les bulldozers, perturbant le travail des machines, tandis que d’autres grimpaient aux arbres. Les tensions se sont poursuivies durant toute la journée, à mesure que le nombre de manifestants et de policiers augmentait.
Dans un communiqué, la mairie d’Istanbul a expliqué que les déracinements visaient “à élargir la rue le long de l’hôtel Divan, dans le cadre du projet de piétonisation de la place Taksim, achevé à 70%.” Le communiqué précise que cinq arbres doivent être arrachés pour être replantés ailleurs. Des centaines de manifestants, que cette déclaration n’a pas suffi à rassurer, poursuivaient hier soir leur sit-in et plantaient leurs tentes dans le parc. Une banderole proclamant “Nous montons la garde pour le parc” (''Gezi Parkı için Nöbetteyiz'') était tendue entre les arbres. “Notre objectif est avant tout d'obtenir une explication. Nous allons rester dans le parc. Ce mercredi à midi, une conférence de presse sera organisée”, précise Birkan Işın.

Photo Birkan Işın et Laurène Perrussel-Morin
La mairie souhaite ériger en lieu et place du parc un bâtiment abritant centre commercial, hôtel, résidence et divers espaces culturels. En décembre dernier, une commission locale de protection des biens culturels s’est élevée contre le projet, citant notamment l’importance du parc dans la mémoire des Stambouliotes. Deux mois plus tard, une commission supérieure a cassé cette décision, sans avancer aucun motif. Deux procès sont en cours au tribunal administratif. L’un ouvert par l’Association de protection et d'embellissement, l’autre par la Chambre des architectes et par celle des Urbanistes.
Anne Andlauer et Laurène Perrussel-Morin (http://lepetitjournal.com/istanbul.html) mercredi 29 mai 2013

jeudi 23 mai 2013

DESTRUCTION DU PARC DE TAKSIM – “Certains sont prêts à se jeter sous les bulldozers”

Les membres de l’Association de protection et d’embellissement du parc de Taksim mènent une lutte juridique pour empêcher le déracinement de quelque 600 arbres. Ils promettent de ne pas se laisser faire.
Malgré les marteaux piqueurs, les oiseaux chantent et volent encore de mélèze en platane, de pin en cèdre du Liban. Sur les balançoires, les pelouses, les bancs autour de la fontaine… des enfants, des promeneurs et quelques chiens errants. Les plus vieux arbres ont pris racine ici il y a 70 ans. Mais pour combien de temps encore ?
La place la plus animée d’Istanbul est éventrée depuis six mois par le percement d’un tunnel qui la transforme en place piétonne. Selon les plans de la mairie, le parc de Taksim, au milieu de ce chantier, doit bientôt disparaître pour y construire une réplique des anciennes casernes ottomanes qui s’y élevaient jadis. Le chef du gouvernement, très impliqué dans ce projet, souhaiterait y voir des hôtels, des résidences, un centre commercial.
Birkan Işın, Kerem Akalın et Haluk Aykan, de l'association (photo AA)
“C’est le premier ministre qui décide, c’est son projet. Et il fait ça pour le profit ! Pour quelle autre raison voudrait-on tuer 600 arbres?” s’emporteBirkan Işın, président de l’Association de protection et d’embellissement du parc (Taksim Gezi Parkı Koruma ve Güzelleştirme Derneği). “Près de 100.000 personnes ont signé notre pétition. Au moins 100.000 personnes disent haut et fort qu’elles ne veulent pas de ce projet ! Il y en a même qui sont prêts à se jeter sous les bulldozers s’ils viennent déraciner les arbres”, prévient Birkan Işın.
Deux procès en cours
“Et cela peut arriver sans prévenir, à n’importe quel moment, malgré une procédure judiciaire”, assure Tayfun Kahraman, président de la Chambre des urbanistes d’Istanbul. En décembre dernier, une commission locale de protection des biens culturels s’est élevée contre le projet, citant notamment l’importance du parc dans la mémoire des Stambouliotes. Deux mois plus tard, pourtant, une commission supérieure a cassé cette décision, sans avancer aucun motif. Deux procès sont en cours au tribunal administratif. L’un ouvert par l’association, l’autre par la Chambre des architectes et par celle des Urbanistes.
Mehmet, un retraité de 72 ans à la moustache grise, est l’un des visages du parc. Il s’y assoit tous les jours depuis 64 ans. “C’est ma bouffée d’oxygène, à moi qui ai des problèmes de cœur”, explique-t-il. “Mais quand j’étais enfant, j’y jouais souvent. J’y ai même vendu des chewing-gums ! s’ils détruisent le parc, il faudra que je me trouve un autre banc au grand air.”
Le projet présenté par la mairie d'Istanbul en lieu
et place du parc de Taksim.
“Je ne connais que ce parc dans le quartier… C’est le seul endroit où l’on peut rester à l’extérieur, avec des amis ou seul, venir se promener, bouquiner, être au soleil tout simplement”, renchérit Jean-Yves Lemoing, un enseignant français qui s’arrête régulièrement dans le parc. “L’avenue Istiklal est surchargée de commerces… Ca suffit ! C’est presque démesuré”, dit-il.
Protection ET embellissement
Birkan Işın reconnaît que l’entretien du parc de Taksim laisse à désirer et qu’il n’a pas forcément bonne réputation, surtout à certaines heures, malgré l’important dispositif policier aux abords de la place. C’est bien pour cette raison, ajoute-t-il, que lui et quelques amis ont fondé une association de protection… et d’embellissement du parc.
Nous voudrions organiser des événements artistiques, culturels, musicaux, sportifs… pour qu’il y ait plus de monde, plus d’enfants dans le parc”, propose-t-il. “Certains diront qu’on aurait dû se réveiller il y a 10-15 ans. Mais parfois, il faut une étincelle. J’irais même jusqu’à dire qu’on devrait remercier notre premier ministre pour avoir permis aux amoureux du parc de se rassembler contre son projet aberrant.”
L’association a déjà organisé un concert dans le parc en avril et prévoit une foule d’animations pour la période estivale.
Anne Andlauer (http://lepetitjournal.com/istanbul.html) jeudi 23 mai 2013

mardi 30 avril 2013

PARC DE TAKSIM – Le Premier ministre confirme un projet de centre commercial


Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdoğan a confirmé hier son intention d’ériger en lieu et place du parc de Taksim une version moderne des casernes ottomanes (Topçu Kışlası) qui s’y élevaient jadis, jusqu’à leur destruction en 1940. Le nouveau bâtiment, dont les plans ont été approuvés le 1er mars par un conseil de protection du patrimoine, devrait notamment abriter un centre commercial, en dépit des protestations d’une partie des riverains et de plusieurs ONG.
Face à des membres de son parti, Recep Tayyip Erdoğan s’est demandé “pourquoi certains préservent quelques poteries plutôt que les casernes historiques”, ont rapporté les médias turcs. Par “quelques poteries”, le Premier ministre faisait référence aux fouilles de Yenikapı, qui ont considérablement retardé la construction du tunnel ferroviaire Marmaray mais ont aussi permis de mettre à jour le port de Théodose et d’autres vestiges archéologiques de première importance pour l’histoire d’Istanbul.
Dans son discours, Recep Tayyip Erdoğan a également confirmé que les fondations du troisième pont sur le Bosphore seraient jetées dans les prochains mois et que le troisième aéroport d’Istanbul, pour lequel un appel d’offres est toujours en cours, serait construit d’ici quatre ans.
Anne Andlauer (http://www.lepetitjournal.com/istanbul) mardi 30 avril 2013