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jeudi 18 juillet 2013

Laïcs turcs contre islamistes : un cliché révolu

Par   dans ZAMAN FRANCE| mar, 16/07/2013 - 10:32

 

La dichotomie entre laïcs nationalistes turcs et musulmans adeptes de la Oumma, en Turquie, est plus une vue de l'esprit qu'une réalité. Pour le chroniqueur Sahin Alpay, un nouveau nationalisme musulman a émergé qui s'appuie sur le triple héritage islamique, ottoman et moderniste de la Turquie.
Une Turquie divisée par les kémalistes d'un côté et les islamistes de l'autre : voici un cliché bien répandu de ce qu'est la Turquie d'aujourd'hui. Les premiers défendent la laïcité, l'occidentalisme, la modernisation et le nationalisme, les seconds revendiquent la mise en place de la charia, s'opposent à l'occidentalisation et à la modernisation et défendent l'unité de la Oumma.
Le «nationalisme musulman», un nationalisme moderne
Pour moi, le livre de l'anthropologue sociale américaine Jenny White, intitulé Muslim Nationalism and the New Turks (Le nationalisme musulman et les nouveaux Turcs) a le mérite de détruire ce cliché qui aveugle bon nombre d'individus. Je citerai ainsi quelques observations que l'auteure propose au sujet des identités en évolution sur le territoire turc. Par exemple, depuis les années 1980, la Turquie est témoin d'un nouveau type de nationalisme, le «nationalisme musulman» comme le nomme White, qui évolue en marge du nationalisme kémaliste laïc. White soutient que pour les adeptes du nationalisme kémaliste, la nation turque est une «unité de sang et de race, au sein de laquelle être musulman est une composante essentielle du sang turc. (…) Un Etat et une armée forts, garants de la sécurité de la famille nationale». Le nouveau «nationalisme musulman», lui, envisage un avenir formé par «un passé ottoman impérial caractérisé par les mœurs d'un Etat républicain» où «tout, des modes de vie aux politiques générales et étrangères, est réinterprété selon l'éthique et l'image islamique et pas nécessairement selon la loi islamique». Alors que les «vieux Turcs» ont célébré l'ouverture de la Grande assemblée nationale de Turquie en 1920 et la fondation de la République en 1923, les «nouveaux Turcs» eux, célèbrent la naissance du Prophète et la conquête ottomane de l'Empire byzantin en 1453. Toutefois, Jenny White met en garde contre une vision erronée d'un conflit entre les deux factions. En effet, toutes deux ont soif de modernité et désirent avoir des liens avec l'Occident et pensent qu'«être Turc signifie être musulman» et que «l'islam turc est la meilleur forme d'islam».

La tradition islamique divisée entre conservateurs et libéraux

Pour moi, depuis les années 1980, à la fois au sein des traditions laïque et islamique, une bifurcation notable a eu lieu entre une approche conservatrice et intolérante d'un côté et une approche libérale et tolérante de l'autre. La division au sein du principal parti de l'opposition, le Parti républicain du peuple (CHP) entre les libéraux et les «nationalistes» en est la preuve concrète. Au sein de la tradition islamique, ceux qui penchent vers l'individualisme et le libéralisme gagnent du terrain par rapport à ceux qui adhèrent à des positions conservatrices et dogmatiques. Les factions de deux traditions qui respectent la diversité se rejoignent toutefois sur une interprétation libérale de la laïcité et du nationalisme, qui va dans le sens d'une redéfinition de l'identité nationale qui englobe même les non-Turcs. A ce sujet, White souligne dans son ouvrage : «Une tradition qui construit l'identité nationale turque a ouvert la voie à une étonnante variété de choix de valeurs, de pratiques et de modes d'affiliation. Ces choix se sont répandus grâce aux médias du monde entier, véritables marchés de produits et de modes de vie : les ONG et les modes de vie alternatifs, les groupes de solidarité, comme le mouvement Gülen par exemple. La turcité est actuellement redéfinie de nombreuses façons et l'identité nationale est devenue un problème de choix. Ce dernier ne réside pas seulement dans la dualité entre nationalisme musulman et nationalisme laïc mais aussi dans le fait que l'individu construira ou non son point de vue autour du nationalisme».

vendredi 15 juin 2012

"CAN" film turc remarqué au festival de Bruxelles


Spécial Brussels Film Festival 2012
Can de Rasit Celikezer
Genre : Drame
Avec Selen Ucer, Serdar Orcin, Berkan Demirbag, Erkan Avci, …
Cemal est une figure paternaliste turque, mais malheureusement il vient d’apprendre qu’il est stérile et qu’il n’aura jamais d’enfant. Pour sauver la face, il convainc sa femme de porter un faux ventre et d’adopter un vrai bébé par des moyens plutôt douteux. Quand Can, l’enfant arrive et que la mère le rejette, Cemal s’enfuit laissant sa femme, Ayse et le bébé se débrouiller tout seul et recommencer sa vie. Autant Ayse est abandonnée de tous et tente de jongler entre l’enfant et un travail, autant Cemal va se hisser socialement et professionnellement.
Les films sont turcs sont souvent originaux et sont par la même occasion souvent des bonnes surprises. Il n’y a pas à dire, le cinéma bouge par là depuis plusieurs années ! Avec Can, Rasit Celikezer joue gros en s’interrogeant sur la place du père dans la société turc actuelle et le drame qu’une stérilité de l’homme peut engendrer dans un couple pourtant pas si rétrograde. Celikezer ne s’arrête pas en si bon chemin, et interroge le spectateur sur la culpabilité d’une telle situation, sur les priorités a accorder à un enfant dans sa vie. De ce point de vue, Can est une totale réussite.

L’originalité scénaristique est de faire coïncider la vie passée et la vie future pour troubler le public et arriver au fur et à mesure à la solution finale. Le procédé est intéressant quoique troublant. La différence sociale entre la femme abandonnée de tous et l’homme qui a refait sa vie brillamment est d’autant plus injuste quand ils se retrouveront plusieurs années plus tard : Cemal est beau et riche, Ayse est pauvre et pas très jolie, ne s’occupant pas d’elle. Mais celui qui se rendra compte de son malheur n’est pas forcément celui que l’on croit. La femme se rendant compte au fur et à mesure du film, de son bonheur et de découvrir de l’amour pour son « fils », devenant ainsi de plus en plus belle tandis que Cemal va récolter la monnaie de sa pièce et va voir tout s’effondrer autour de son petit monde pourtant si parfait.
L’interprétation, dans ce type de film, est importante. Et malgré des rôles touchants et impeccables chez les adultes, celui qui porte finalement le film à bout de bras, c’est Berkan Demirbag ou Can, le petit garçon adopté : bouille mignonne, visage expressif, il est le centre de l’histoire et il la sublime. Sans celui-ci, toutes l’histoire paraîtrait bien fade.
Bien fade, car là ou le film perd de sa superbe, c’est sur la longueur. Beaucoup de film à vocation sociale ont tendance à jouer les prolongations pour obtenir une durée de film satisfaisante. Le résultat est ici que l’on exprime parfois une légère lassitude devant un scénario où l’on ne perçoit pas le but.

Finalement, Can, est une belle surprise du cinéma turc (primé d’ailleurs au Festival de Sundance) qui malgré quelques lenteurs, est sublimé par le charisme du petit garçon qui conquerra vos cœurs comme il a attrapé celui de sa mère. Les dernières minutes et le générique du film seront en ce sens, quelques minutes de pure beauté et d’émotion.