samedi 14 avril 2012

Voyage à vélo - Partie 8 : De la Turquie à la France

"Dernière partie du film réalisé pendant notre traversée de l'Asie et de l'Europe à vélo : de la Turquie à la France en passant par la Bulgarie et les pays des balkans (Serbie, Bosnie, Croatie, Slovénie) et l'Italie. C'est le retour au bercail après 14 000 km à vélo!Plus d'info sur : routedescimes.jimdo.com"
le lien SUR YOUTUBE vers ce voyage de Nicolas FOUCHER

"http://www.youtube.com/embed/tUvleUsaHO0"

jeudi 12 avril 2012

LA TURQUIE FAIT ELLE PARTIE DES NOUVELLES PUISSANCES ?

Article paru dans "Turquie de France"

Alexandre Kateb est économiste et directeur du cabinet Compétence Finance. Il est l’auteur de “Les nouvelles puissances mondiales.Pourquoi les BRIC changent le monde” (Ellipses, 2011).Officiellement, la Turquie maintient toujours sa candidature d’adhésion à l’Union européenne (UE), même si cette candidature rencontre une forte opposition dans une partie de la classe politique et de l’électorat de certains pays membres de l’UE, comme la France.A minima, cela lui permet de bénéficier de mesures de soutien pour accompagner sa modernisation politico-institutionnelle, et de continuer à entretenir ses réseaux d’influence à Bruxelles, notamment à travers sa puissante organisation patronale, la TUSIAD, qui exerce un lobbying actif en faveur des industriels turcs.Rappelons que l’Union européenne est le premier partenaire commercial de la Turquie, avec près de 40% de ses exportations et de ses importations.Dans la pratique, cependant, la Turquie ne regarde plus vers Bruxelles. L’adhésion à l’UE n’est plus l’alpha et l’oméga de sa politique étrangère. Tout en restant membre de l’OTAN et de l’OCDE, la Turquie s’est en effet peu à peu émancipée de la tutelle occidentale et s’est trouvée, à mesure que son économie se renforçait et que le poids de la classe moyenne urbanisée s’accroissait, une nouvelle vocation de puissance régionale, voire mondiale.Car la Turquie a connu au cours de la dernière décennie un taux de croissance très soutenu, en faisant une des économies émergentes les plus dynamiques de la planète. Le PIB frôle désormais le seuil symbolique des 1.000 milliards de dollars, en parité de pouvoir d’achat, avec une hausse cumulée de près de 50% sur dix ans. De la belle avenue Istiklal à Istanbul, où les boutiques de luxe jouxtent les cafés branchés et les restaurants cossus, jusqu’aux villes les plus reculées d’Anatolie, la transformation est palpable. Partout dans le pays, on peut voir des centres d’affaires rutilants et des aéroports flambant neufs. Le taux de chômage a également connu une décrue sensible au cours de la dernière décennie et des tensions sur la main d’oeuvre apparaissent même dans certains secteurs comme la construction, ce qui se traduit par un recours à l’immigration venant des pays environnants.Ce dynamisme se retrouve dans l’esprit de conquête et l’appétit de puissance des “tigres anatoliens”, ces entrepreneurs qui accompagnent le Premier ministre Erdogan dans toutes ses visites à l’étranger. Ils signent dans la foulée des contrats dans un espace allant du Maroc à la Chine, en passant par des endroits aussi inhospitaliers que la Somalie, l’Irak et l’Afghanistan. L’adage selon lequel la fortune sourit aux audacieux s’applique particulièrement bien à cette nouvelle élite économique, qui constitue la caisse de résonance politique et financière de l’AKP. Pour preuve, d’après le magazine Forbes, Istanbul est la ville au monde qui comptait en 2010 le plus grand nombre de milliardaires après New York, Moscou et Londres.La Turquie a aussi particulièrement bien résisté à la crise économique mondiale. Contrairement aux pays de la zone euro qui ont subi des dégradations en cascade de leurs notes souveraines, la Turquie a vu au contraire sa note réhaussée par les agences de notation Fitch et Standard&Poors. Cette dernière lui a attribué en septembre dernier, pour la première fois dans l’histoire du pays, la note BBB- qui l’a fait passer en “catégorie d’investissement”. Ce qui se traduit déjà par une accélération des investissements directs étrangers, et par une réduction des coûts de financement pour les entreprises et pour l’Etat turc.Cette insolente santé économique ne pouvait pas ne pas avoir de répercussions sur le plan diplomatique. Après l’attaque du bateau Marmara par un commando israélien en juin 2010, Ankara s’est payée le luxe de refroidir ses relations avec Tel Aviv et de réorienter sa diplomatie vers les pays arabes, au point que certains analystes ont évoqué une “politique néo-ottomane”. Sous l’égide du ministre des Affaires étrangères, l’ancien professeur de sciences politiques Ahmet Davutoglu, la Turquie a également renforcé ses liens avec ses deux grands rivaux historiques dans la région que sont la Russie et l’Iran. Elle a même proposé de jouer un rôle de médiation dans le dossier du nucléaire iranien.Enfin, le printemps arabe de 2011 a donné à l’AKP et à son leader charismatique, le Premier ministre Erdogan, l’occasion de présenter la Turquie comme un modèle de développement et de démocratie pour les nouvelles majorités issues des urnes en Tunisie, au Maroc et en Egypte. Le soft power et le prestige de la Turquie s’en sont trouvés renforcés dans toute la région et au delà, comme le montre l’intérêt récent du Brésil pour ce pays. La crise syrienne et le rôle clé qu’y joue Ankara parachève cette transformation, en faisant de l’héritière de l’Empire ottoman déclinant du XIXe siècle, une des puissances majeures du monde multipolaire qui se dessine au XXIe siècle.

DES ETUDIANTS LYONNAIS DECOUVRENT LA TURQUIE

SOURCE: www.zamanfrance.fr

L’association la Maison des Dialogues a organisé un voyage en Turquie pour permettre à des étudiantes de Lyon de découvrir ce pays en dehors de tous les clichés habituellement véhiculés. Pour y parvenir, l’association turque a adopté une recette toute simple : visiter Istanbul et aller directement à la rencontre des Stambouliotes. La Maison des Dialogues, association fondée en 2005 par des Franco-turcs dans le but de promouvoir le dialogue interculturel vient d’organiser un nouveau voyage à Istanbul. Les participants, tous étudiants, souhaitaient «découvrir une culture sur place, et pas faire un simple voyage touristique», comme le précise Mesudiye Bedir, la présidente de l’association. Visiter Istanbul et aller à la rencontre des habitants Dix étudiantes se sont donc envolées pour Istanbul afin de découvrir la beauté de la ville, mais aussi aller à la rencontre de ses habitants. Les étudiantes ont donc visité les monuments incontournables d’Istanbul, comme Sainte Sophie, la Mosquée bleue ou Topkapi. Leur séjour avait ceci de différent d’un voyage touristique classique qu’elles ont parallèlement partagé plusieurs repas avec des familles turques. «C’était vraiment nouveau pour elles», insiste Mme Bedir. «Imaginez : vous êtes invité chez des gens que vous ne connaissez pas du tout, mais qui vous accueillent comme si vous étiez des amis de quarante ans !» ajoute-t-elle. L’accueil est d’ailleurs ce qui les a le plus marquées. Venait ensuite la modernité d’Istanbul, ville «qui ferait presque penser par endroits à une sorte de Las Vegas», témoigne Clémentine, l’une des participantes. Mme Bedir confirme que cette surprise a été partagée par tous les participants, depuis que les voyages ont été mis en place. Pour elle, c’est à cause «des clichés, des images véhiculés par les médias en France que les gens se font une fausse image de la Turquie». Paris

VIDEO DU GRAND BAL DE L'AMITIE FRANCO TURQUE 2012

LE LIEN SUR DAILYMOTION


Le Grand Bal de l'Amitié Franco-Turque 2012 par ouakthecat

vendredi 6 avril 2012

nouvelle video de Abbas KIRLANGIC

Les raisons et les effets de la turcophobie en France et en Europe.

02.04.2012
COURRIER INTERNATIONAL


Dans son célèbre texte « de la démocratie en Amérique » le sociologue Alexis de Tocqueville analyse les effets de l’individualisme (chapitre II) sur les citoyens d’un pays en ces termes :

« Chaque classe venant à se rapprocher des autres et à s'y mêler, ses membres deviennent indifférents et comme étrangers entre eux. L'aristocratie avait fait de tous les citoyens une longue chaîne qui remontait du paysan au roi ; la démocratie brise la chaîne et met chaque anneau à part.

À mesure que les conditions s'égalisent, il se rencontre un plus grand nombre d'individus qui, n'étant plus assez riches ni assez puissants pour exercer une grande influence sur le sort de leurs semblables, ont acquis cependant ou ont conservé assez de lumières et de biens pour pouvoir se suffire à eux-mêmes. Ceux-là ne doivent rien à personne, ils n'attendent pour ainsi dire rien de personne ; ils s'habituent à se considérer toujours isolément, ils se figurent volontiers que leur destinée tout entière est entre leurs mains.

Ainsi, non seulement la démocratie fait oublier à chaque homme ses aïeux, mais elle lui cache ses descendants et le sépare de ses contemporains ; elle le ramène sans cesse vers lui et menace de le renfermer enfin tout entier dans la solitude de son propre cœur. »

Plus loin, dans la partie intitulée « Quelle espèce de despotisme les nations démocratiques ont à craindre », concernant les déliaisons des citoyens entre eux, Tocqueville affirme :

« Je veux imaginer sous quels traits nouveaux le despotisme pourrait se produire dans le monde : je vois une foule innombrable d'hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs, dont ils emplissent leur âme. Chacun d'eux, retiré à l'écart, est comme étranger à la destinée de tous les autres : ses enfants et ses amis particuliers forment pour lui toute l'espèce humaine ; quant au demeurant de ses concitoyens, il est à côté d'eux, mais il ne les voit pas ; il les touche et ne les sent point ; il n'existe qu'en lui-même et pour lui seul, et s'il lui reste encore une famille, on peut dire du moins qu'il n'a plus de patrie. »

Ce manque de « patrie » a rendu de plus en plus fragile et problématique l’identité commune que créée l’appartenance à un pays, à une histoire commune.

Ainsi, l’homme des Etats modernes, démocratique, égalitaire et libérale est-il soumis à un double mouvement, analysé par le sociologue, d’une part, il devient de plus en plus étranger aux autres membres de la société et d’autre part il s’enferme dans une identité individuelle qui tend à devenir continuellement étroite.

Cette fragilisation et effilochage de l’identité commune, et cette condensation de l’identité individuelle dans les Etats modernes, ont induit sinon une angoisse du moins un questionnement sur la signification de l’appartenance à un pays, une histoire, une culture et son articulation à chaque individu et du rapport aux autres peuples.

A l’intérieur d’une telle structure sociétale la différence culturelle, les différentes communautés posent problèmes, en particulier lorsqu’elles sont ou perçues comme plus homogènes. Ainsi, dans les pays où le phénomène d’ « individualisme », des hommes « sans patrie », comme dit Tocqueville, sont répandus, les communautés a fortiori étrangères sont rejetées, car, à la manière du poisson avec une pomme, on ne sait pas comment les prendre, les intégrer.

En ce qui concerne les relations avec les autres – pays, nations, peuples – il y a là également une difficulté. En effet, ce qui différentie les peuples entre eux, c’est la mémoire particulière de ce qui a été vécue ensemble, or en se détachant de cet ensemble, en vivant principalement dans un présent pour et par soi, les limites entre soi et les autres deviennent floues, on ne reconnaît plus les autres, étant privé de l’entité qui permet la comparaison.

Cette méconnaissance des autres et de soi-même, ajoutée à l’enfermement, mal vécu – Tocqueville parle de « solitude de son propre cœur » –, sur soi-même est, aujourd’hui, la cause principale du problème identitaire qui traverse l’Europe et particulièrement la France, pays dans lequel les phénomènes d’« individualisme », d’égalitarisme et la tradition « universaliste, » qui tend à effacer les différences, sont puissamment ancrés.

Ainsi, dans les Etats modernes (où prime l’individualisme et l’égalitarisme) se posent plusieurs problèmes de rapport, de relation au sens premier du terme : des individus avec eux-mêmes, avec l’ensemble dans lequel ils sont nés et ont grandi, avec la différence culturelle à l’intérieur de cette ensemble et enfin avec les autres pays.

Un événement majeur et éminemment puissant est venu activer ces angoisses ou questionnements en latence, à savoir la « mondialisation. » La mondialisation par la levée des frontières physiques et les rapprochements avec les autres qu’elle a créés, la mise en concurrence non simplement des économies mais également des cultures, des manières de vivre qu’elle a établie, a induit une véritable crise, activation de la crise d’ « identité » en latence dans les Etats modernes.

Comme rarement avant, les thèmes identitaires ont été au cœur des débats et la priorité dans les sociétés individualistes : l’identité nationale, l’immigration, l’Islam, l’élargissement de l’UE à la Turquie etc.

Il n y a pas eu à proprement parlé de « repli identitaire », l’identité commune faisant défaut, mais la réaction la plus immédiate a été le rejet de l’altérité ou l’attaque des fondements de ce qui fait l’identité commune de l’autre.

Ici la Turquie, le thème « turc » ont joué et jouent encore un rôle de cristallisation des peurs, des angoisses mais également ont été le champ d’expression de la xénophobie due à la frustration de ne pouvoir remédier aux causes de ces peurs et angoisses.

Dans ce cadre, la question de l’adhésion de la Turquie à l’UE a symbolisé à elle seule, au moins en France, les effets délétères et l’ « agression » à l’identité, au mode de vie ressentis et attribués, à tort car comme le montre Alexis de Tocqueville cette identité était en crise depuis plus longtemps, à la mondialisation.

Alors que ce processus d’adhésion, engagée depuis les années 1980, ne posait de problèmes fondamentaux jusqu’alors, la mondialisation en a fait un symbole de ses effets et l’a désigné alors pour cible.

Cette mise en relation des problèmes identitaires et la question de l’adhésion de la Turquie peut être résumée par cette phrase de l’ancien président Valéry-Giscard d’Estaing prononcée en 2002 : « plus l'Union s'élargira, plus elle sera hétérogène et plus il sera difficile de définir des intérêts communs, sans parler d'une identité européenne. »

Rejeter la candidature turque à l’UE est ainsi devenue l’équivalent de la lutte contre la mondialisation et la crise identitaire que celle-ci a activée. Afin de le justifier le rejet de l’adhésion s’est déplacé en rejet de la Turquie, par l’utilisation d’un embrouillamini de thèmes traités de manière grossière, déformée parfois mensongère – mais le but recherché n’était évidemment pas la vérité mais le rejet – comme l’islamisation, l’immigration massive, la géographie, l’incompatibilité civilisationnelle, l’économie, les aides européennes, la question de la partition de Chypre, la question kurde, les événements de 1915, la situation des femmes battues, le caractère atavique barbare des Turcs etc le liste pouvant s’allonger à l’infini car ces thèmes n’attendent pas de réponses (et les arguments de raison face à ceux-ci sont de peu de poids), mais servent de prétexte, d’instrument au rejet.

Dans ce sens, un sondage réalisé en 2011 montre que 60% des Français sont opposés à l’adhésion de la Turquie à l’UE même si la Turquie respecte toutes les conditions. La France étant de loin le pays européen le plus opposé à cette adhésion selon une enquête IFOP de fin 2004 :

« Cette question est-elle plus sensible en France que dans les autres pays européens ?


Oui. Une enquête européenne réalisée à l’automne dernier (IFOP-Le Figaro, 25 novembre-3 décembre 2004, 4813 cas) montrait que les citoyens français étaient de loin les plus hostiles à l’adhésion de la Turquie, avec 67% de réponses négatives, contre 55% en Allemagne, 30% pour la Grande Bretagne, 24% pour l’Italie et 18% en Espagne. »

Ce qui est cohérent, la France étant le pays ayant le plus mal vécu la mondialisation et où le taux de pessimisme est le plus élevé d’Europe (1).

Ainsi, par développement, la crise issue de la mondialisation s’est déplacée sur la question de l’adhésion de la Turquie à l’UE, dont le rejet était perçu comme partiellement cathartique, puis sur la Turquie et sa stigmatisation avec le développement de réactions ou de discours turcophobes.

Ainsi, par exemple et d’une manière significative, en 2005 lors du référendum sur la Constitution européenne, 35% des personnes qui ont voté contre cette Constitution l’ont fait pour s'opposer à l'entrée de la Turquie dans l’UE.

De même, en juin 2008, un amendement est voté par l’Assemblée Nationale le 29 mai, qui impose un référendum concernant l’adhésion de la Turquie à l’UE, cet amendement sera supprimé par le Sénat, ce qui fera réagir des députés de droite qui menaceront de voter contre la réforme constitutionnelle si l’amendement n’était pas réintroduit.

Ou encore, en mai 2009 Nicolas Sarkozy annule son voyage en Suède en raison du soutien du ministre des affaires étrangères suédois, Carl Bildt, à l’adhésion de la Turquie à l’UE.

La turcophobie française est donc le nom d’un problème politique d’identité, processus de dilution d’une identité nationale, déjà fragilisée par les effets de l’individualisme, dans et par le mouvement de la mondialisation. Turcophobie davantage conjoncturelle que structurelle alors.

Néanmoins, elle offre un terrain favorable à l’enracinement et le développement d’une turcophobie plus profonde et raciste, fondamentale, portée par des xénophobes et qui s’exprime à travers des ressentiments et dans un esprit revanchard qui prennent l’histoire en otage et l’instrumentalisent. C’est le cas pour les questions arménienne, kurde et chypriote.

L’approfondissement de la crise d’identité en France donne et donnera de plus en plus de poids et de profondeur à la xénophobie anti-Turc, et il est à craindre que dans la crise économique actuelle, les communautés turques d'Europe et les Turcs en général deviennent une des cibles par laquelle on cherchera une catharsis, malsaine et sans avenir s’il en est.

(1) A ce propos une émission sur France Culture apporte quelques éléments de réponse intéressante : http://www.franceculture.fr/player/reecouter?play=4397037.


20:19 Publié dans Chypre, Communautarisme, Crise financière, Droits de l'homme, Economie, Europe, France, France - Turquie, Mondialisation, Politique, Question arménienne, racisme, turcophobie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : crise identitaire, individualisme, mondialisation, france, turcophobie, histoire, question chypriote, question arménienne, question kurde, alexis de tocqueville, de la démocratie en amérique